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Le STO en Bretagne

21/08/2017

Liste de Résistants STO

 

Le 16 février 1943 le SERVICE OU TRAVAIL OBLIGATOIRE est crée par voie législative. Les jeunes nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922 doivent être recensés avant le 28 février 1943 et subir une visite médicale avant le 5 mars. Le S.T.0. dure deux ans. (On peut réduire le temps passé aux armées et aux chantiers de jeunesse) et peut être effectué dans l'emploi précédemment .occupé Comme on s'attend à des réactions, les réfractaires risquent 3 a 5 ans de prison et de lourdes peines d'amendes.

Avec l'institution du SERVICE DU TRAVAIL OBLIGATOIRE, SAUKEL espère envoyer des milliers d'hommes a l'économie de guerre Allemande, devenue insatiable.

Dans les villes le recensement a un certain succès car l'administration menace de retirer les cartes d'alimentation, mais dans les campagnes de nombreux jeunes ne se font pas recenser. Dans beaucoup de communes personne ne se présente. Comme les résultats sont mauvais, les maires doivent obligatoirement fournir les listes des jeunes gens qui ne se sont pas fait recenser. Les démissions de maires et de conseillers municipaux se multiplient ainsi a partir de mars 1943. Dans chaque département des camps d'hébergement sont ouverts pour interner les jeunes réfractaires au S.T.O. arrêtes par la police et la gendarmerie.

La propagande de la B.B.C. et de la Résistance se développe, appelant a ne pas partir. La propagande orale est très active. A Quimper le Front National distribue un tract : " ne partez pas pour les bagnes hitlériens "

Dans l'ensemble en Bretagne, le sabotage du S.T.O. se fait a une grande échelle : des certificats de complaisance sont nombreux de la part des médecins et certaines brigades de gendarmerie acquises à la Résistance, notamment dans le Morbihan, préviennent les réfractaires au lieu de les arrêter.

Avec le S.T.O., la population dans son ensemble bascule, à partir de 1943, dans la dissidence. Des milliers de jeunes contraints a l'illégalité doivent se cacher, attaquer des mairies pour se procurer des tickets d'alimentation.

Les prélèvements de main d'œuvre sont les ferments de la Résistance, poussant les jeunes vers la lutte armée et les maquis.

Un total de 600 000 à 650 000 travailleurs français fut acheminé vers l'Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944

Article Wikipedia

Départ des travailleurs français du STO pour l'Allemagne, à la gare de Paris-Nord en 1943.

Attribution: Bundesarchiv, Bild 183-J14405 / CC-BY-SA 3.0

 

 

Source: http://www.letelegramme.com/index.cfm?page=telegdisplay&class=articletelegramme&method=affiche_entier&object=histoire_1943&statichtml=1

 

1943. L'espoir change de camp, les résistances s'organisent

Située en première ligne en cas de débarquement allié sur les côtes de la Manche, la Bretagne voit sa position stratégique renforcée aux yeux des belligérants. Les Allemands accélèrent la construction du Mur de l'Atlantique, réquisitionnant toujours plus la main-d'œuvre, les entreprises et les matières premières. Des rumeurs de débarquement allié circulent. Au début 1943, le régime de Vichy achève de se discréditer. Pour les Bretons, l'année 1943 ne voit guère de changement. Les conditions de vie des populations ne cessent de s'aggraver tout au long de l'année. Mais l'espoir change de camp avec les succès alliés. La capitulation d'une armée allemande à Stalingrad le 2 février et le débarquement anglo-américain en Sicile le 10 juillet, puis en Italie du Sud, provoquent la capitulation de l'Italie en septembre.


Le STO obligatoire
Non seulement les ouvriers bretons ont refusé de partir volontairement travailler en Allemagne, mais ils refusent même de travailler sur les chantiers côtiers de l'Organisation Todt (OT). En novembre 1942, selon une enquête préfectorale dans les 275 communes des Côtes-du-Nord qui ont répondu, on a recensé 84 personnes dont 9 seulement "aptes" à travailler pour l'OT. Le préfet doit instaurer des quotas de 2 à 8 requis par commune. Coincés entre les autorités de Vichy, les exigences allemandes (denrées agricoles et main-d'œuvre) et leurs administrés, de nombreux maires présentent leur démission, en général refusée. "La démissionnite" devient une maladie de plus en plus contagieuse. Or, la Relève difficilement achevée, le gauleiter nazi Sauckel exige en janvier 1943, 250.000 travailleurs français supplémentaires pour intensifier l'effort de guerre du IIIè Reich. Pour y répondre, le gouvernement de Pierre Laval décrète le STO, le service du travail obligatoire: deux ans en Allemagne pour tous les jeunes gens nés entre 1920 et 1922. Un temps protégés, les enfants d'agriculteurs, les inscrits maritimes, les étudiants sursitaires sont à leur tour concernés à partir de l'été 1943, car le refus du STO est immédiat.

L'opinion publique bascule
Les derniers soutiens, notamment chez les notables et les ruraux, lâchent le régime. Des d'agriculteurs vont se dédouaner en cachant de jeunes citadins réfractaires. Pendant des mois, les solidarités familiales et amicales fonctionnent. En jetant hors-la-loi des milliers de jeunes gens, le STO fournit une "armée de réserve" à une Résistance qui cherche à s'étoffer, même si tous les réfractaires ne sont pas de futurs résistants.

La riposte au STO
Dans plusieurs villes, notamment de l'ouest et du centre de la Bretagne, la riposte au STO s'organise spontanément ou à l'appel de la résistance (tracts, affichettes), notamment du Front national (FN) créé en 1941 par le PCF. En mars 1943, à Lannion, 25% des convoqués ne se présentent pas. Des incidents éclatent lors des visites médicales dans le Trégor, le 9 mars 1943 à Lannion, provoquant une rafle des Allemands. Des manifestations publiques se déroulent à Quimper et à Brest, à Plouaret et à Plestin-les-Grèves, dispersées par la gendarmerie, puis à Guingamp lors des premiers départs le 15 mars. Le recensement paraît plus calme en pays gallo, sauf à Caulnes où 9 jeunes sont condamnés par des tribunaux allemands. En Haute-Cornouaille, dans plusieurs communes, seuls les inaptes se présentent. A Callac, 86,5% des 310 convoqués ne répondent pas. Environ, un sur deux ne se fait pas recenser dans le Finistère, où il y aurait 75% d'inaptes à Brest et à Morlaix. Dans les Côtes-du-Nord, pour trouver 1.500 jeunes, on en recense 12.681 dont 10.131 sont exemptés (82,3% d'agriculteurs, 10% "d'inaptes et de faibles").

Chasse à l'homme
De janvier au 1er avril 1943, il y aurait eu de 1.070 à 1.200 départs pour l'Allemagne (2ème action Sauckel). Ensuite, pour la 3e action, il s'agit d'une véritable "chasse à l'homme" en Bretagne, de mai à décembre 1943. Bénéficiant de nombreuses complicités (faux-papiers, tickets), des milliers de jeunes deviennent réfractaires. Au 10 juillet 1943, on recherche mollement 4.601 réfractaires dans les Côtes-du-Nord, 4.049 dans le Morbihan et 5.349 dans le Finistère (10.805 en septembre). Des milliers d'arrêtés d'internement ne sont pas appliqués, car le plus souvent les gendarmes font prévenir les suspects. Le risque majeur réside dans les rafles allemandes, dans les cinémas ou les bals clandestins, voire sur les chantiers de l'Organisation Todt. "La faillite du STO" réjouit l'opinion publique. Dans le Finistère, un véritable sabotage du recensement est organisé au sein de l'administration, notamment par Libération-Nord. Le STO permet un bond quantitatif et qualitatif pour la Résistance.

La Résistance s'organise
Les mouvements de résistance sortent véritablement de la marginalité au cours de l'année 1943. Le maillage s'étend des villes vers les campagnes. Le FN recrute largement. Il diffuse à partir de septembre une feuille clandestine mensuelle, La France Combattante puis Le Patriote des Côtes-du-Nord, rédigée par son chef Jean Devienne et imprimée à Morlaix. Le FN déborde les milieux communistes alors que des vagues d'arrestations décapitent le PCF. Les groupes FTP s'étoffent. Les premières exécutions sommaires ciblées de collaborationnistes sont signalées dans les trois départements de l'Ouest breton (fin 1943). Un premier maquis FTP finistérien se forme à Spézet en avril 1943, mais le phénomène maquisard ne se développera en Bretagne qu'au printemps 1944.
Au 2ème semestre 1943, malgré le manque d'armes, les actions s'intensifient: sabotages de voies ferrées, attaques de mairies, de bureaux de tabac ou de fermes. ''Libération-Nord'', proche des socialistes, animé par Tanguy-Prigent qui plonge dans la clandestinité, est chargé de mettre en place l'Armée secrète. ''Défense de la France'' s'implante dans les milieux modérés des Côtes-du-Nord et du Finistère, créant quelques corps francs. La gendarmerie structure la ''France Combattante'' dans le Morbiban. Des groupes de l'OCM, de l'ORA, de Vengeance apparaissent. Les réseaux de renseignements poursuivent leur tâche, rejoints par des réseaux d'action en Ille-et-Vilaine. La prise en charge des aviateurs alliés abattus, de plus en plus nombreux, pose le problème de leur évacuation. Les réseaux d'évasion Pat O'Leary, Mithridate, Bordeaux-Loupiac sont décimés en Bretagne, souvent à la suite de trahisons. La tentative de créer un réseau d'évasion dans la baie de Saint-Brieuc échoue. Mais des jalons sont posés pour les succès en 1944 du réseau Shelburne qui aboutit à la plage Bonaparte de Plouha.

Répression féroce
Les autorités de l'Etat français se délitent. De nombreuses complicités aident les résistants. Mais les Allemands et leurs polices prennent en mains une répression de plus en plus terrible (arrestations, déportations, exécutions). Leur efficacité est renforcée par l'aide de délateurs et d'une poignée de Français à leur service. Parmi eux, 60 à 80 ultras du PNB qui font scission. Ils suivent Célestin Lainé dans la Bezen (milice) Perrot et vont combattre les maquis en 1944 sous l'uniforme allemand. L'arrivée en zones côtières, de supplétifs, appelés "Russes blancs", aggrave la peur et l'insécurité de la population. Vols, viols, pillages, arrestations d'otages, exécutions parfois, sont le fait de ces soudards mal contrôlés. On attend avec espoir et crainte, le débarquement allié plusieurs fois annoncé.

Christian BOUGEARD
Professeur d'histoire contemporaine - CRBC-UBO - Brest

 

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