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L'équipage du Buhara

Ed:06/04/2017

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents sur cet événement  write5.gif (312 octets)

Un destin assez semblable devait frapper les 16 passagers du Wega  partis le 15 décembre 1940 au port du Dourduff.

Les lieux de déportation

Le 12 février 1941, quinze jeunes gens, dont l'un avait 16 ans (Maurice Quéret) réussissaient à quitter, au milieu de la nuit, la baie de la Frênaye (Côtes-du-Nord), à bord du cotre " Le Buhara " qu'ils avaient acheté pour la somme de 40.000 francs à un batelier de Saint-Cast pour gagner l'Angleterre. L'aîné de tous : le moniteur-pilote Jean-Magloire Dorange avait 30 ans. Beaucoup étaient pilotes ou élèves-pilotes, deux étaient marins, tous enfin étaient d'ardents patriotes.

Dès le départ, la grand voile tombe sous l'effet du vent. L'équipage met le moteur en route, mais il donne des signes de faiblesse rapidement – l'essence, que les jeunes gens avaient subtilisée aux Allemands, avait un indice d'octane trop élevé. De plus une voie d'eau se déclare. On imagine sans peine la consternation qui dut régner à bord, comme aussi l'angoisse qui les étreignait tous. Au petit matin, les jeunes gens virent apparaître à l'horizon la fumée d'un navire. Londres était au courant de leur expédition. Ils se persuadèrent que c'était un bateau anglais qui venait à leur rencontre. En réalité, c'est un patrouilleur allemand  le "Bernhard Von Tschiraky" qui les accoste. Ils sont à 50 km de Guernesey.

Emmenés à Cherbourg le soir même, ils sont transférés le 3 mars à Saint-Lô où ils seront jugés. La mère de l'un des jeunes pilotes : Mme Devouassoud qui avait participé au financement de l'achat du " Buhara " fut également internée à Saint-Lô comme complice. Elle sera déportée en Allemagne.

Ils sont tous condamnés à mort, sauf le plus jeune. :
Après plaidoirie du capitaine allemand Rolls, la peine sera commuée en travaux forcés à perpétuité, excepté pour Pierre Devouassoud et Jean-Magloire Dorange
condamnés à mort comme initiateurs et bailleurs de fonds du projetIls sont  fusillés le 12 avril 1941 à l'Abbaye de Montebourg (Manche), la Cour étant décidée à faire un exemple. Maurice Queret âgé de 16 ans est condamné à 7 ans de travaux forcés. Les 12 autres sont condamnés  aux travaux forcés à perpétuité.

Ils sont déportés le lundi 28 avril  de Saint-Lô vers la prison de  Düsseldorf.  puis vers Rockenberg et enfin Ichtershausen. Le 14 mai 1941, ils sont transférés vers la prison de  Lüttringhausen. Seul Maurice Queret, âgé de 17 ans, est transféré le 13 mai de Düsseldorf vers Wïttlich, prison pour les jeunes détenus. Durant leur longue détention (1941-1945), deux de ces jeunes : Pierre Canvel et Auguste Zaleski moururent d'épuisement.

Les survivants sont libérés par les Alliés en avril 1945.

Lors de son transfert à Saint-Lô le 3 mars 1941, le pilote Robert Laruelle. alors âgé de 18 ans, était malade avec 40° de fièvre. Il fut placé dans une cellule équipée d'un poêle. Une jeune fille fut mandatée pour allumer celui-ci avec une pelletée de charbon provenant de la cellule des femmes. C'était Émilienne Soulard. Dans les jours qui suivirent, ils se virent sans pouvoir se parler ; mais après quatre années de captivité, ils se retrouvèrent... et ne se sont plus jamais séparés depuis.

Émilienne Soulard, ayant refusé de travailler, fut sanctionnée sous la forme d'un départ pour Ravensbrück ; un terrible bombardement désorganisa le convoi et elle se retrouva en prison à Darmstadt. Robert Laruelle passa les quatre années en forteresse à Düsseldorf. Épisode ubuesque de sa libération : il dut aller la réclamer lui-même aux Américains, grâce à une permission accordée par le Directeur de la Zuchthaus

Le 8 mai 1945, enfin libéré, il se retrouva à Paris avec ses camarades survivants : c'était la Fête de la Victoire. Une estrade était installée pour fêter le retour des rapatriés ; mais l'allure insolite de ces jeunes ne plaisant pas aux forces de la police parisienne, ils furent fermement invités à passer derrière l'estrade.
De son côté, Émilienne fut libérée en avril 1945 par les troupes américaines. De retour à Avranches, lors d'une réception en l'honneur des rapatriés, agressée par une personne qui la traita de " boche ", elle reçut deux gifles qui, inutile de le dire, furent rendues aussitôt. Mais la justice française condamna Émilienne à 50 francs d'amende pour coups !

Tous deux gardent un souvenir amer de leur retour, on le comprend. Que justice leur soit rendue, pour avoir été parmi les premiers artisans de l'esprit de la Résistance.
Mme Devouassoud qui fut, par un effet du hasard, la compagne de cellule d'Emilienne, lui prodigua, ainsi qu'à Robert Laruelle, beaucoup d'affection, transférant la tendresse qu'elle avait pour son fils unique, fusillé avec Jean-Magloire Dorange.

" Faisant preuve d'une volonté peu commune, M. Devouassoud cacha l'atroce vérité et, dans sa prison, la maman, quand elle le pouvait, tricotait pour son petit " gars ", son unique enfant qui n'était plus de ce monde ! "

Elle est décédée à Valognes le 5 mars 1986. Le service religieux a été célébré à l'abbaye ale Montebourg, sur le lieu où son fils avait crié, face au peloton d'exécution : " Vive la France ! Vive l'Angleterre ! " – Il avait vingt ans –

Le récit de la glorieuse aventure du Buhara, rédigé par Victor Quéret le 11 avril 1941, fut remis à la fille du gardien-chef français de la prison: Odette Pannier. Marcel Daguts reproduisit le texte qu'elle fit distribuer à Saint-Lô ; pour ce motif elle fut arrêtée et emprisonnée plusieurs mois.
Les passagers du " Buhara " étaient presque tous des pilotes d'aviation ou des élèves-pilotes. De même, Pierre Desprez et René d'Oliveira, de Tourlaville, après avoir traversé la ligne de démarcation, rejoignirent l'Angleterre par Marseille et les Antilles. En 1944, Desprez fut abattu par la Flak (la D.C.A. Allemande), en attaquant des rampes de lancement de V.1 dans le Nord.

 

"Quant au batelier, il est arrêté le 16 février 1941 pour "complicité d’aide à une nation en guerre contre l’Allemagne", jugé à Saint-Lô, condamné à 3 ans de travaux forcés. Il est déporté dans un transport parti de Clairvaux le 17 mai 1943 vers Bernau, puis Landsberg d’où il est libéré à la fin de sa peine le 24 mars 1944. Par ailleurs, Maurice Boissinot, membre du réseau" Vengeance" depuis décembre 1941, devait être de l’expédition du "Buhara" en février 1941, mais il arrive en retard au rendez-vous et ses camarades ne l’attendent pas. Après l’échec de la traversée de la Manche, il est recherché et arrêté à son domicile du Croisic (Loire-Atlantique). Il est jugé à Saint-Lô en août 1941, comme ses camarades l’avaient été en mars 1941. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il est déporté de la Gare de l’Est le 29 septembre 1941 dans un transport vers les prisons de Karlsruhe, de Rheinbach et de Diez-sur-Lahn, d’où il rentre en avril 1945."

Sources:
J. Poulain
Roger Levenette

Mémorial national  des déportés.  Livre I- Pages 259-260
Laurent Thierry
Albert Désile : Des sombres années de l'occupation aux chemins de l'été 1944 - page 35.

 

Equipage du Buhara

Aubry Emile , élève pilote, 22 ans. Né le  né le 26 novembre 1919 à St-Méloir-des-Ondes (35). Célibataire. Elève pilote. Déporté en Allemagne le 20 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Luttringhausen (All.) . Autre lieu de déportation: Düsseldorf.

Blangy Pierre. Elève pilote.19 ans. Né le 17 septembre 1922 à Paramé (35). Déporté le 28 avril 1941. Libéré le 28 avril 1945 à Sieberg. Autres lieux de déportation: Düsseldorf, Köln et Littringhausen.

Chevalier Emmanuel 18 ans. Né le 30 décembre 1922 à St-Briac-sur-Mer (35). Electricien automobile. Domicilié 4 place de la Concorde à Dinard (35). Déporté en Allemagne le 28 avril 1941, il est libéré le 15 avril 1945 à Luttringhausen. Autre lieu de déportation: Düsseldorf. (Document)  (ADIV 167J 33)

Canvel Raymond. Élève pilote,19 ans. Né le 29 octobre 1921 à Ergue-Armel (29). Déporté en Allemagne le 28 avril 1941, décédé le 16 août 1944 à Luttringhausen (All.) . Autre lieu de déportation: Düsseldorf.

Cortot Robert. Technicien aéro 21 ans. Né le 25 octobre 1920 à Anthony (76). Déporté en Allemagne le 28 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Luttringhausen (All.) . Autre lieu de déportation: Düsseldorf.

Davouassoud Pierre. Elève pilote. 20 ans,de Paris. Fusillé

Delbruyère Louis  Élève pilote 19ans. Né le 7 mai 1921 à Paris (75). Déporté en Allemagne le 28 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Littringhausen.Autres lieux de déportation: Düsseldorf

 Dorange Jean-Magloire. Pilote aviateur, 29 ans. Originaire de St-Brieuc. Fusillé.

Laruelle Robert. Élève pilote 19 ans. Né le 29 octobre 1921 à Ergue-Armel (29). Déporté en Allemagne le 28 avril 1941, libéré le 15 avril 1945 à Luttringhausen (All.) . Autre lieu de déportation: Düsseldorf.

LEBRETON René Marie EugèneMarine Nationale, 24 ans. Né le 28 avril 1917 à Dinard (35). Arrêté au large de Guernesey à bord du Buhara, par un patrouilleur allemand en compagnie de 14 camarades alors qu'ils tentaient de rejoindre les Forces Françaises Libres en Angleterre, le 13 février 1941. Condamné aux travaux forcés le 20 mars 1941, il est déporté en Allemagne le 28 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Buetzow. Autres lieux de déportation: Düsseldorf., Luttringhausen, Branenburg.(Document). (Source: Archives de Caen)

Mathiot Maurice. Élève pilote et ancien aviateur militaire, 20 ans. Né le 27 août 1921 à Nanterre (75). Pilote . Domicilié à Dinard. Déporté en Allemagne le 20 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Littringhausen. Autre lieu de déportation: Düsseldorf.

Menetray Henri. Élève pilote, 19 ans. Né le 11 janvier 1922 à Lille (59). Déporté en Allemagne le 28 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Luttringhausen (All.) . Autre lieu de déportation: Düsseldorf.

QUÉRET  Maurice. Serrurier, 16 ans. Né le 23 novembre 1924 à Dinard (35). Condamné à 7 ans de prison en raison de son âge (16ans), il est déporté en Allemagne le 28 avril 1941. Il est transféré le 13 mai de Düsseldorf vers Wïttlich, prison pour les jeunes détenus, puis vers Rockenberg et enfin Ichtershausen. Libéré le 15 avril 1945 à Ichtershausen (All.).

QUÉRET  Victor, né le 28 janvier 1917 à Paris. Il habite Dinard. (frère de Maurice) Marine Nationale, 24 ans. Condamné à la prison perpétuelle, il est déporté en Allemagne le 28 avril 1941. Libéré le 15 avril 1945 à Luttringhausen (All.) . Autres lieux de déportation: Düsseldorf. Article

Les parents qui avaient fournit à leurs enfants de l'argent pour participer à l'achat du "Buhara", furent emprisonnés le 18 février 1941, d'abord à Saint-Malo, puis à Saint-Lo. Ils furent libérés le 17 mai 1941 après 3 mois de détention.

Zalewsky Auguste. Décédé. Son parcours

 

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