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Inauguration du mémorial dédié
aux prisonniers et déportés du Train de Langeais

 

08/12/2015
Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents sur ce
s 2 convois de déportés  

 

Allocution de Jean Claude BOURGEON

Allocution du Dr. Pierre MOREL Président du "Comité d’Action de la Résistance", Président d’Honneur de la Fédération Nationale Libre Résistance (Réseau Buckmaster)

Allocution de Mme Lénaïc BRIERO, adjointe au Maire de Rennes, déléguée à l’Education et aux Politiques Mémorielles

Allocution de M. Patrice FAURE représentant le Préfet de la Région Bretagne

 

 

Emplacement du mémorial inauguré le 2 août 2015 à Rennes


 Jean Claude BOURGEON est à l'origine de la création de ce lieu de mémoire

Après des années de discussion, un mémorial en hommage aux déportés et prisonniers du convoi de Langeais  a été inauguré rue Jules-Verne à Rennes. Une allée de granit de 120 m de long et de 3 m de large symbolise la voie d'embarquement, près du quai qui a été restauré. Sur cette allée sont gravés 27 noms de lieux où le train a été confronté à divers événements : évasion, mitraillage, morts, blessés, ajout de prisonniers. À une extrémité, l'itinéraire est dessiné sur une plaque de bronze au sol. À l'autre, au sol également, un texte explicatif. À côté, des jardins partagés et un bowl de skate et de BMX. Cet espace de mémoire, financé par Rennes métropole, se veut intergénérationnel.

 

Aperçu du quai restauré

Les plaques  du mémorial

 

 

Dépôt d'une gerbe de fleurs en présence de Danielle FIKET, la fille de Charles SCHLAGDENHAUFEN (à gauche sur la photo), qui a facilité la libération de plus  de 240 prisonniers à Belfort et de Jean MORIN, fils de déporté.

 


Une partie de public

 

 

 

Inauguration du Mémorial aux prisonniers et déportés du Train de Langeais

Intervention de Jean Claude BOURGEON

 

Dimanche 2 août 2015 cérémonie émouvante et très conviviale à la Courrouze.

Avec le participation de personnalités officielles : Municipalité rennaise, Conseil départemental, Préfecture, ministère de la Défense, ainsi que de nombreuses familles de résistants, de prisonniers et de déportés ;

Jean-Bernard VIGHETTI, Président du Conseil culturel de Bretagne ;

d’experts : Jean BOURGEON, historien nantais,  Prix de l'Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire, Prix de la Société académique, Christian BOUGEARD, historien, professeur à l’Université de Bretagne occidentale, Jean-Paul LOUVET chercheur et auteur du blog memoiredeguerre;

de participants venus de diverses villes de Bretagne : Quimper, Moëlan-sur-Mer, Redon, St-Brieuc, Dinan, Dinard, St-Malo et de plus loin : Royan, Paris, Marseille, Aubagne, Vence, Grenoble, Geispolsheim (Alsace), Nantes, St-Mars-du-Désert, Langeais, Laval… ;

de citoyens venus spécialement de l’étranger notamment Jo Anna SIPLEY, chercheur, nièce d’un aviateur américain blessé et évadé du convoi, Nigel OXLEY, et son épouse, Écossais, fils d’un médecin-chef fait prisonnier le lendemain de son débarquement en Normandie et astreint à l’hôpital militaire allemand (Jean Macé) à Rennes mis en charge des blessés alliés.

Fidèle présence encore d’Eric BEATY qui représentait le Consulat et l’Ambassade des États-Unis.

Un grand regret et une vraie déception toutefois que les Ambassades et Consulats (5) ainsi que les villes (29) situées sur le parcours de ce convoi n’aient pas été retenus pour être destinataires d’une invitation officielle, bien que cela avait été formellement demandé.

En réponse à la demande inopinée de désigner deux personnes pour présenter le gerbe aux autorités, j’ai sollicité M. Jean Morin fils de résistant-déporté du Train de Langeais et Mme Danielle Fiket fille aînée de Charles Schlagdenhaufen, libérateur et sauveur à Belfort de 241 prisonniers de ce convoi.

Après un mot d’accueil, j’ai évoqué le Train de Langeais et la réalisation du Mémorial.

Le Dr Pierre Morel Président du Comité d’Action de la Résistance, fils et frère de déportés et d’internée a relaté en partie son histoire personnelle de résistant et celle de son réseau, la traversée des Pyrénées, les 8 mois d’efforts et de difficultés pour réussir à rejoindre Londres…. Un récit sans notes, exceptionnel, qui a donné la mesure de ce qu’a pu être la vie et la complexité du parcours d’un résistant.

Mme Lénaïc BRIERO, adjointe à la Maire de Rennes a évoqué outre le Train de Langeais les épisodes dramatiques qui durant cette longue occupation ont marqué la population rennaise.

M. Patrice FAURE Secrétaire général de la Préfecture d’Ille et Vilaine a souligné " la valeur éminemment symbolique et universelle de ce mémorial qui dépasse le contexte de l’histoire locale ".

 

Inauguration du Mémorial aux prisonniers et déportés du Train de Langeais

Evocation historique élargie : Jean-Claude BOURGEON
J’adresse mes salutations à toutes et à tous, aux familles présentes Dodin, Redouté, Schlagdenhaufen, Morin, Morel, Tardif, Héger, Vieuxloup, Thanguy, Miglioretti, Kerautret, Mainguy, Lavolé, Fredel, Fonferrier, Allard, Mme et M. Oxlley fils de Malcom Oxlley Médecin-chef de l’Hôpital Jean Macé en 1943

Ayons une pensée pour celles et ceux, résistants récemment décédés sans avoir connu ce mémorial : Marie-Thérèse Sillard,  Anne-Marie Boudaliez, Roger Dodin et aussi Simone Bastien, Albert Lair.

Pensée pour ceux qui n’ont pu venir : Georges Kieffer 95 ans déporté, Marcel Béasse 91 ans évadé, Jean Thébault 91 ans déporté rescapé de la tragédie de Lubeck, Jean Courcier déporté, Guy Faisant déporté, Leon Gendrot chef de groupe FTP.

Le général ALLARD chef de l’Armée Secrète pour la zone M2 puis M4 a eu la chance de toujours échapper à l’arrestation. Sa femme et sa belle-fille ont été déportées par le Train de Langeais. Il n’a rien écrit de son engagement résistant.

Le 1er décembre 1943, aux Hautes-Folies à Messac, sa petite-fille Florence a assisté à l’arrestation de sa mère et de sa grand-mère. Florence et ses sœurs présentes ici aujourd’hui, évoquent la famille Allard dans un livre écrit autour du récit de captivité et déportation de leur mère. Florence a apporté quelques exemplaires de " La Boite Rouge retrouvée ". Vous avez aussi à votre disposition un Livre d’Or sur lequel je vous invite à porter vos témoignages et vos remarques.

J’ai travaillé sur ce secteur de  la Courrouze dans les années 60 à 80. A l’époque j’ignorais tout de ce qui s’était passé ici le 2 août 1944. Personne ne m’avait parlé de ce drame.

C’est avec l’édition du travail collectif d’élèves du collège de Chartres de Bretagne, qu’en 1984 j’ai découvert cet événement dramatique. Je viens de rencontrer l’un des professeurs qui a accompagné ce travail et l’une des élèves qui a participé à cette œuvre de mémoire, Véronique Soriot, m’a annoncé sa présence aujourd’hui.

Puis j’ai aussi beaucoup appris de mes conversations avec Madeleine Allard, ses récits et ceux Amélie Frédel, d’Angèle Deplantay, de Françoise Elie ou encore de Paulette Redouté dont le fils et la fille sont présents aujourd’hui ainsi que ceux de Roger Dodin, de Jean Morin qui déporté au Struthof puis à Dachau et à Mauthausen Gunskirchen a profité d’un mitraillage pour s’évader et regagner Strasbourg au guidon d’une moto " empruntée ".

J’ai partagé ce travail en contact avec deux éminents chercheurs sur ce sujet : Jean-Paul Louvet dont je vous recommande vivement son site Internet " mémoiredeguerre ", et Jo Anna Shipley, citoyenne américaine, venue spécialement de son Kentucky, présente parmi nous aux côtés de M. Eric Beaty qui représente le consulat et l’ambassade des États-Unis. Elle fait un monumental et prodigieux travail de recherche dans les archives américaines, britanniques et françaises. Son oncle, John Wonning, avait été blessé lors de la chute de son appareil près de Loué. Soigné à l’hôpital aménagé dans le collège Jean Macé à Rennes, transféré au camp de la Marne près d’ici, il avait été embarqué dans ce convoi puis de nouveau blessé à Langeais. Conduit à l’hôpital de Tours, il avait réussi à leurrer les Allemands et été libéré par ses compatriotes.

L’aménagement du site

C’est en 2004 que j’ai appris qu’était programmé un grand projet d’aménagement du secteur de la Courrouze, 130 hectares dont 40 d’espaces verts, 4700 logements. Je savais que sous les ronces, parmi les carcasses de vieux cars et de voitures existait encore un vestige de ce drame: le quai ferroviaire et sa voie en contrebas. Cela risquait de disparaître à tout jamais, et avec, le souvenir de cette exaction nazie. Comme cela m’a été confirmé, tout aurait été effectivement détruit.

J’ai alors engagé une démarche d’information et de sollicitation auprès d’élus de la ville de Rennes, M. Alain Coquart ancien collègue de travail délégué à la lecture publique et aux Musées et de M. Edmond Hervé Maire, Mme Jeannine Huon, qui immédiatement se sont intéressés au sujet.

(Ayant antérieurement aménagé trois autres lieux de Mémoire je n’imaginais pas la somme de difficultés auxquelles j’allais me trouver confronté. Aléas des mandats électoraux mais cela fait partie de la vie citoyenne. Et le plus inattendu, je dois le dire, les contestations et oppositions des quelques associations et particuliers à partir de 2010-2011.

Démoralisé par les nombreux obstacles et obstructions, le 9 novembre 2011 j’avais décidé de tout abandonner. Ce 9 novembre 2011 une réunion très spéciale était organisée en Mairie de Rennes. Choqué par son ambiance, considérant que ce projet de Mémorial y était totalement dénaturé et dévié, j’avais déclaré que j’abandonnais et je suis parti. Cependant, ultérieurement, la très forte insistance des familles et d’anciens prisonniers et déportés m’avait conduit à revoir ma position et je leur avais promis d’aller jusqu’au terme. Je dois ce revirement à l’insistance et au soutien des familles Dodin, Morel, Provostic, Demalvilain, Tardif. )

Je dois aussi exprimer ma reconnaissance à Madame Briero Adjointe au Maire de Rennes dont l’esprit décisif a permis de faire aboutir ce projet avec le résultat d’aujourd’hui.

Je remercie aussi vivement Monsieur Eric Beaugé, directeur opérationnel à Territoires et Développement qui avec son tact et sa diplomatie m’a beaucoup apporté. M Beaugé est originaire de Langeais. Son grand-père a aidé un prisonnier à se cacher et à s’évader. C’est dire s’il a été sensible à cette démarche lui qui était chargé d’aménager ce secteur sans connaître ce pan particulier du Train de Langeais. 

Je remercie également ses collègues Julien Bailleul, Marc Dartigalongue, Medhi Tehhahi, Isabelle Gautier, Deborah Galy.

Les Architectes et Paysagiste : Paola Vigano Grand prix de l’urbanisme 2013 et première femme récompensée à ce titre, Simona Bodria, Adrian Lefèvre, Charles Dard.

Les 120 mètres de quai subsistant ont pu être préservés et restaurés. Sur 130 mètres et 3 mètres de large, l’assise de la voie en contrebas a été recouverte de dalles de granit breton, du bleu de Lanhélin.

En son centre une longue ligne de bronze symbolise le trajet du convoi. D’espace en espace elle s’interrompt pour faire place à 27 plaques de bronze de 60x30 cm. Elles portent en relief les noms de lieux où se sont produits des événements durant le parcours. Ce tracé débute et se termine par deux grandes plaques en bronze, 2 mètres par 3. Toutes ont été fabriquées par l’atelier d’Art de Villedieu-les-Poëles. Les grands arbres ont été intégralement conservés.

Comme l’ont voulu les architectes cet aménagement est complété par des jardins partagés et un bowl de skate et BMX afin d’en faire un lieu potentiel de rencontres intergénérationelles.

 

Le Train de Langeais

Cette dénomination résulte d’une action dramatique qui s’est produite les 6 et 7 août 1944 en gare de Langeais.

Le 1er août 1944, les Alliés sont à Maison Blanche entre Betton et le nord de la ville de Rennes. Ils se heurtent à une lourde défense allemande et vont perdre beaucoup d’hommes et de matériel. Avant de décider de contourner la ville pour la prendre à revers par le sud, ils tirent 6000 obus. La prison Jacques Cartier est touchée. Les Allemands commencent à fuir.

Il règne une grande confusion et agitation. Possiblement aussi, entre l’AMGOT et les FFI,  une course de vitesse pour la prise des pouvoirs, mairie, préfecture, police, justice…

Cela a peut-être contribué à négliger le terrible drame qui se joue simultanément à la Courrouze puis à la Prévalaye.

Au milieu de la nuit 1er au 2 août les Allemands conduisent des prisonniers vers la Courrouze. On fait d’abord monter les femmes dans quelques voitures à voyageurs de la longue rame de wagons qui les attend. Pour vite se raviser qu’elles sont réservées aux officiers allemands. Elles doivent en descendre et s’entasser à 40-60 dans des wagons à bestiaux.

Le 2 août vers 6 heures du matin cette rame quitte la Courrouze en direction de Redon. 

La nuit du 2 au 3 août des avions anglais bombardent les voies entre la gare de Rennes et la Courrouze (env 1000 m).

C’est peut-être cela qui décide les Allemands à conduire à La Prévalaye les autres prisonniers de la prison Jacques Cartier et du camp Margueritte. Un longue colonne chemine par le Boulevard Mermoz. Roger Dodin passe à quelques mètres de sa maison. Des habitations sont en feu. Des prisonniers alliés du camp de la Marne et de Verdun sont ajoutés.

Le 3 août, vers 4 heures du matin une seconde rame quitte la Prévalaye. Par la voie desservant la Kriegsmarine route de Lorient elle rejoint à St Jacques de la Lande la double-voie en direction de Redon.

Le même jour, en 2 groupes, les Alliés commencent leur mouvement de contournement. Vers 10h20 ils traversent Messac et continuent en direction de Bain de Bretagne. Le train est passé 2 à 3 heures auparavant. La population applaudit.

Le 4 août vers 10 heures les Alliés libèrent Rennes. Il ne s’est fallu que de quelques heures qu’elles ne croisent cette seconde rame au passage à niveau près de la gare de Messac. Mais le train continue son funeste trajet. 

Combien et qui étaient-ils ?

Nous ne connaîtrons vraisemblablement jamais le nombre exact de prisonniers d’autant que tout au long du trajet qui va durer 14 jours d’autres seront ajoutés. 1500, 2000 ?

Ils sont prisonniers politiques, résistants, otages, soldats coloniaux, Américains, Anglais, Canadiens, mais aussi Russes ou Allemands comme cette centaine d’officiers, " Walkiries ", soupçonnés d’être impliqués dans l’affaire du complot du 20 juillet 1944 contre Hitler.

Quelques noms connus : Pierre Bourdan la Voix de Londres, Jean Oberlé, Marguerite et Madeleine Allard, Marguerite Duthuit la fille du peintre Henri Matisse, André Heurtier de Libé-Nord, Henri Provostic de Ploudalmezau, Louis Morel, Paulette et Anne-MarieTanguy de l’Hôtel du Cheval d’Or, Roger Dodin décédé en avril 2014, les 4 frères Béasse, les 20 otages de Guignen … Gaston Sébilleau…

Le 4 août à Nantes en plus des " Walkiries " d’autres prisonniers sont embarqués. Un gardien de la Wehrmacht, connu sous le nom de " Charly " est affecté à la garde d’un wagon. Je vais vous en reparler tout à l’heure.

Le 6 août la première rame atteint le Lion d’Angers. La seconde l’y rejoint pour ne plus former qu’un convoi unique.

Les 6 et 7 août le convoi est bloqué en gare de Langeais, le pont-rail de Cinq Mars la Pile ayant été fortement endommagé.

Un groupe d’avions de chasse américains mitraille une locomotive à l’arrêt sur la voie contigüe blessant et tuant de nombreux prisonniers dont Gaston Tardif, instituteur au Grand-Fougeray et lieutenant FTP. Son fils et sa fille sont présents.

Un second mitraillage aura lieu le lendemain. Au total on relèvera 23 morts et 70 blessés mais un grand nombre de prisonniers parviendront à s’évader, peut-être 100 à 200.

Le 8 les femmes sont conduites en cars et camions à La Ville-aux-Dames, à l’est de la gare de Tours, où va être formé un nouveau convoi. C’est à pied que les hommes devront rejoindre cette nouvelle rame. 

Au terme d’un trajet effroyable, chaleur, faim, soif, promiscuité, absence d’hygiène, odeurs pestilentielle des tinettes qui débordent aux multiples secousses, le convoi arrive à Belfort le 15 août dans la matinée.

Au même moment un autre convoi quitte Pantin emmenant 2200 prisonniers(ères) vers la déportation dont 2 jeunes résistantes Michelle Moet-Agniel, 17 ans, arrêtée sur dénonciation après avoir convoyé de Bretagne à Paris et hébergé des aviateurs américains, Ginette Courtois alias " Danielle " membre du réseau Var à Rennes puis à Redon, arrêtée à Viroflay le jour de son 18e anniversaire. Elles allaient retrouver Marguerite et Madeleine Allard. Elles rentreront de Ravensbrück mais avec des séquelles que l’on peut imaginer. Elles survivent mais leur santé fortement fragilisée nous prive de leur présence ici.

A Belfort, hommes et femmes sont enfermés au Fort Hatry. Et là va se produire un fait extraordinaire grâce à ce " Charly "  que j’ai cité précédemment. Il parlemente avec le commandant du Fort auquel il fait valoir que compte tenu des difficultés de circulation et de disponibilité ferroviaires il sera difficile d’envoyer tous ces prisonniers en Allemagne. La progression des troupes alliées est aussi un élément à prendre en compte pour en cas de capture se prévaloir d’un un tel geste de " clémence "

" Charly "obtient le relâchement de 241 prisonniers dont 70 femmes. Déjà près de Beaune il avait favorisé l’évasion de trois prisonniers.

Les autres seront tous déportés, les femmes à Ravensbrück, les hommes au Struthof puis en Allemagne. Plus du tiers ne reviendront pas.

Qui était Charly ?

Durant près de trois années j’ai multiplié les recherches pour tenter de retrouver Charles Schlagdenhaufen alias " Charly ", celui  dont tant de prisonniers ont loué le courage. Découragé, alors que je ne m’y attendais plus, le 13 juillet 2014 j’étais contacté par M. Henri-Charles Géré. Il m’annonçait être le neveu et filleul de Charles Schlagdenhaufen et m’offrait l’opportunité d’entrer en contact avec sa fille, Danielle. Aujourd’hui, venue d’Alsace, Nathalie la fille de M. Geré, est présente ainsi que Danielle la fille aînée de " Charly " venue spécialement d’Aubagne avec ses enfants et petits-enfants.

Charles Schlagdenhaufen a été fait prisonnier avec toute sa compagnie le 20 juin 1940 dans l’Eure. Alsacien, il est relâché le 31 juillet suivant. Il rejoint l’Alsace, s’y marie et de son couple naît Danielle la première de ses trois enfants. L’Alsace étant sous domination du Reich on l’oblige, pour l’état-civil, à donner un prénom à consonance germanique, Monika, mais pour ses parents elle restera Danielle.

La famille s’embrouille dans les prénoms et Charles Schlagdenhaufen est  sanctionné. Le 20 avril 1943 il est incorporé de force dans la Wehrmacht. Affecté à une formation antichars à Francfort-sur-Oder, bilingue, il réussit à intégrer la compagnie des interprètes à Berlin. Le 24 décembre 1943 il est muté à la prison de Nantes en qualité d’interprète et d’adjoint au surveillant-chef allemand. Avec la complicité de Théo Guillet le surveillant-chef français et du commis-greffier Cormo il organise des réunions clandestines dans la prison-même et des contacts avec les résistants de l’extérieur.

Le 23 novembre 1944, lors de la prise de Strasbourg, il déserte  puis s’occupera sans relâche du rapatriement des déportés, guettant des visages connus.

Le 24 mai 1952, à 35 ans, il meurt d’une crise cardiaque laissant une veuve et trois enfants en bas âge.

Bien qu’ayant sauvé de la déportation et de la mort 241 prisonniers et prisonnières aucune reconnaissance officielle ne lui sera octroyée. Certains prisonniers eux n’oublieront pas. L’un d’eux, M. Joseph Moyse donnera pour nom " Rue Charly " .à l’une des trois voies du lotissement qu’il aménagera à Nantes à proximité du centre sportif et culturel La Laetitia et de la route de Vannes. Les deux autres rues portent les noms de Joseph Moyse et cette les reliant rue Stuart, ce dernier étant celui du réseau de résistance auquel appartenait M Moyse.

Emblématique de la barbarie et de l’acharnement nazi, ce dernier convoi n’aurait jamais du quitter Rennes. Avec cette  cérémonie rendons aussi hommage à tous les prisonniers et déportés.

Puisse ce mémorial permettre à toutes les générations de s’en souvenir, de mesurer le coût et la valeur de notre Liberté.

 

 

Allocution du Dr. Pierre MOREL Président du "Comité d’Action de la Résistance", Président d’Honneur de la Fédération Nationale Libre Résistance (Réseau Buckmaster)

Résumé succinct de l’activité résistante 40-44 qui devrait être développée

Né à St-Aubin-du-Cormier le 13 avril 1923 je ne suis pas étranger au Pays. J’étais interne de 1934 à 1939 au Lycée de Rennes et ma présence ici est liée aux actions de Résistance qui se sont déroulées entre 1941 et 1944 dans notre région.

 Mon père ayant été nommé à l’atelier de l’armée de l’air d’Aulnat à Clermont-Ferrand j’intègre le lycée Blaise Pascal en 1940. Après un repli de l’atelier de l’Armée de l’air vers Toulouse et un retour à Clermont-Ferrand dù à la signature de l’Armistice par le Maréchal Pétain devenu chef de l’Etat Français j’allais connaître la réaction de la population clermontoise et celle du lycée et des enseignants. Comme l’ensemble des Français, les Clermontois dans l’ensemble ont poussé un ouf de soulagement.

Au lycée, chaque matin nous devions nous tenir face au drapeau pour le salut aux couleurs, ce qui n’était pas une mauvaise chose, ce qui l’était moins c’est que dans la foulée on nous faisait chanter " Maréchal nous voila ". Depuis 39 l’Université de Strasbourg était repliée à Clermont et inutile de dire que certains camarades alsaciens n’appréciaient pas du tout cet exercice, nous étions une dizaine d’hurluberlus qui n’appréciaient pas non plus.

La plupart des enseignants s’étaient ralliés au Gouvernement de Vichy. Deux professeurs, Flandin et Saintenac paraissaient réagir, un camarade Marc Tartière avait le contact avec eux.

La question qui se posait à cette époque : que pouvions-nous faire ? Nous avons décidé de nous manifester en traçant des V et des croix de Lorraine, la craie a été la première arme du Résistant. 

A partir des informations données par la BBC et la radio Suisse nous allions déposer des tracts dans les boîtes-aux-lettres.

Je suis rapidement repéré par la Police de Vichy et alors avec l’accord de mes parents et entretien avec le petit groupe de Résistants j’ai décidé de retourner à Rennes berceau de ma famille.

En septembre 41 retour au Lycée de Rennes où je retrouve des camarades. J’entre en contact avec Bernard Dubois qui faisait partie d’un groupe de résistance formé et dirigé par Madame Prodhomme alias " Herminie " Boulevard Magenta. Le groupe allait entrer en contact avec Joël Le Tac chef du réseau Overcloud du BCRA chargé de rechercher des terrains de parachutage et de former des groupes d’action. Joël Le Tac est arrêté en février 42, le réseau est désorganisé et les liaisons avec Londres coupées, il nous faut rechercher un nouveau contact tout en continuant l’action menée avec Joël Le Tac et le réseau Overcloud.

Au début de l’année 43 nous réussissons à établir une liaison avec le réseau de renseignement BCRA Marathon-Chinchilla avec Yves Mindrin officier de marine qui sera arrêté en juin 43, nous avons de nouveau été coupés avec Londres.

Début juillet 43, j’entre en contact par l’intermédiaire de Léopold Lauraine et Renée Ballard avec François Vallée agent du Special Operations Executive (SOE) dirigé par le colonel Buckmaster. François Vallée est chargé de créer un réseau action: le réseau Oscar-Parson qui a pour mission de rechercher des terrains de parachutage, de créer des groupes d’action. A cette époque notre mouvement de résistance est implanté en Ille-et-Vilaine avec antennes sur le Morbihan, la Loire inférieure et les Côtes-du-Nord .

Le 1er parachutage aura lieu le 25 juillet 43 à Martigné-Ferchaud pour recevoir Henri Gaillot chef-adjoint du réseau et Georges Clement officier radio, message  " J’aime le son du cor le soir au fond des bois ". 

J’assumais alors la responsabilité du Nord de l’Ille-et-Vilaine et d’une partie des Côtes-du-Nord. Entre juillet 43 et octobre 43,  25 parachutages environ furent programmés sur l’ensemble du réseau qui s‘étendait comme je l’ai dit précédemment sur l’Ille-et-Vilaine avec antennes sur les Côtes du Nord, le Morbihan et la Loire-Inférieure.

En octobre 43 le réseau est infiltré par la Gestapo, des centaines d’arrestations sont opérées. François Vallée domicilié Bd Magenta au-dessus de l’appartement de Mme Prodhomme réussit à s’échapper et à rejoindre Paris.

Le 27 novembre ayant rendez-vous avec François Vallée chez Madame Prodhomme, les scellés étaient sur la porte de l’appartement, j’échappe moi-aussi à la Gestapo.

Après avoir alerté l’antenne de Loire-Inférieure, au bout de quelques jours je rejoins mon secteur au nord de l’Ille-et Vilaine, à St-Malo, qui n’a subit aucun dommage.

Après avoir mis en alerte mes agents, je gagne le Morbihan où je sais avoir un contact par l’intermédiaire d’Emile Guimard responsable de la Résistance au Roc St André et du commandant Guillaudot chef de la gendarmerie, je prends contact avec François Vallée replié à Paris qui me donne l’ordre de prendre la direction du groupe de 5 rescapés du réseau dont le Général Allard en  vue de rejoindre l’Angleterre.

Le contact a lieu avec le réseau du SOE VAR dirigé par le capitaine Dent qui nous amène à nous replier en Ille-et-Vilaine, à Bédée, chez Félix Jouan minotier. La première tentative a lieu dans la nuit du 23 au 24 décembre 43, elle se solde par un échec. Une deuxième prévue aux environs du 15 janvier n’aura pas lieu, la Gestapo ayant arrêté à Rennes Félix Jouan. Nous rejoignons à nouveau le Morbihan, nouvelle liaison avec François Vallée qui me donne l’ordre de rejoindre Paris pour évacuation par l’Espagne par le réseau d’évasion Pernod du BCRA. Le Général Allard décide alors de rester sur place, il rejoindra le Général Audibert responsable de la Résistance Bretonne.

Après un échec en compagnie d’aviateurs américains, j’arrive en Espagne par Andorre, la prison de Lerida, Saragosse, le camp de Miranda de Ebro. L’ambassade britannique me fait rejoindre Gibraltar. J’atteris à Bristol le 11 juillet 44 pour rejoindre Londres et répondre à un debriefing à Patriotic School. L’aventure se poursuivra par un stage dans un centre du SOE de parachutisme à Manchester, retour en France pour participer à la campagne d’Alsace et finir sur le front de l’Atlantique dans la poche de St Nazaire.

Mon itinéraire pour atteindre Londres a été long, très long, il a duré près de 8 mois et c’est un voyage qui pourrait figurer au " Guiness des records ". Je suis démobilisé le 7 août 45 et reprends mes études.

Nous restons encore quelques rares dinausores de mon espèce, derniers témoins, derniers survivants à qui s’impose le devoir de mémoire, de vigilance permanente et préventive pour faire connaître aux générations futures les idéaux et les valeurs pour lesquels nous avons combattu

Que soit remercié Jean-Claude Bourgeon pour son acharnement et qui malgré les nombreuses difficultés a réussi à mener à bien ce projet de mémorial.

Merci à Madame la Maire de Rennes Madame Appéré

Merci à Madame BRIERO Adjointe au Maire

Merci à la municipalité rennaise pour sa réalisation

 Ce mémorial rappellera les heures sombres de l’occupation, la lutte contre l’occupant, la répression, donnera aux jeunes générations qui s’interrogent et s’interrogeront l’envie de savoir oh combien la liberté est un bien fragile et doit être défendue. 

Transcription Jean-Claude Bourgeon de concert avec Pierre Morel    

 

Allocution de Mme Lénaïc BRIERO adjointe au Maire de Rennes,

déléguée à l’Education et aux Politiques Mémorielles

Monsieur le représentant du Préfet de la Région Bretagne, Madame la Vice-présidente du Conseil départemental d’Ille et Vilaine, Messieurs les Officiers Généraux, Monsieur le représentant de la Consule des Etats-Unis, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président du Comité d’Action et Fondation de la Résistance, Mesdames et Messieurs mes chers collègues, mes chers amis, permettez-moi d’abord de bien vouloir excuser l’absence de notre Maire, Madame Nathalie APPÉRÉ qui est retenue ce matin par d’autres engagements programmés de longue date. Mme le Maire m’a demandé de vous saluer chaleureusement, ce que je fais en ma qualité d’Adjointe au Maire avec beaucoup de plaisir et avec beaucoup d’émotion.

Le 20 juin 2013, à l’occasion des premières assises de la Mémoire partagée de Rennes, le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et à la Mémoire avait tenu à découvrir ce site de mémoire à peine dégagé de la gangue végétale qui l’avait gardé loin des regards pendant des décennies. Il avait alors confié que la vue de ce quai mis à nu d’où étaient partis les derniers prisonniers et déportés dans les conditions effroyables que l’on connaît l’avait profondément ému.

Une cérémonie avait été organisée lançant officiellement les travaux de réhabilitation de ce patrimoine oh combien précieux.

Aujourd’hui nous inaugurons un espace mémorial qui s’ouvre aux Rennaises et au Rennais et plus largement à celles et à ceux qui ressentent la nécessité de comprendre, la nécessité de se recueillir, la nécessité de méditer.

C’est ici, il y a 71 ans jour pour jour le 2 août 1944, qu’un des derniers convois est parti de Rennes alors que notre ville vivait ses dernières heures d’occupation, alors que des Américains étaient aux portes de notre ville et libéraient Rennes le 4 août au matin.

Nos pensées vont en premier lieu et avec une infinie compassion aux victimes de ce convoi tragique emportées dans les tourments effroyables de la plus abjecte des barbaries.

Nos pensées vont aux familles qui ont compté parmi les leurs un être cher happé par la nuit nazie.

Nos pensées vont aux jeunes générations qui ont à connaître cette histoire tragique, qui ont à tirer les leçons nécessaires, utiles, pour défendre les valeurs d’une démocratie reçue en héritage au prix d’un sacrifice énorme.

Nos pensées et notre gratitude doivent également aller aux personnes qui ont œuvré avec foi et passion pour que la mémoire de ce convoi dit de Langeais trouve une représentation digne et universelle.

Je pense à M. Bourgeon auteur d’un travail de recherche long et rigoureux qui a apporté un éclairage indispensable à cette histoire si méconnue. Je tiens à saluer ici sa volonté et sa conviction inébranlables qui ont été moteur dans ce projet.

Je remercie aussi l’ensemble des services de la ville de Rennes et de Rennes Métropole, l’aménageur de la ZAC Territoires et Développement, l’architecte, les entreprises, qui ont su mettre en valeur de manière harmonieuse, intelligente et sensible, cet espace de mémoire dans un contexte de réaménagement urbain. Désormais notre ville de Rennes compte parmi son patrimoine le souvenir matériel d’un épisode parmi les plus dramatiques de la seconde guerre mondiale.

Ce quai aujourd’hui sanctuarisé fait écho au Monument aux Morts de la Résistance et de la Déportation comme il fait écho aux stèles et aux monuments du cimetière de l’Est qui rappellent les pertes si lourdes de la population rennaise.

Rennes labellisée en 2013 Laboratoire National des nouvelles pratiques mémorielles poursuit la voie qu’elle a tracée avec ses partenaires institutionnels et associatifs dans le cadre de la charte d’engagement mémoriel signée avec l’Office National des Anciens Combattants et victimes de guerre.

Rennes poursuit son ambition de faire de la Mémoire une question centrale de l’éducation à la citoyenneté. Une mémoire territoriale qui valorise l’histoire intime des Rennaises et des Rennais mais également une mémoire nationale collective et partagée qui ouvre un champ d’expression à chacune et à chacun quelles que soient ses origines et ses convictions.

Dans ce temps infiniment troubles, c’est de cette mémoire apaisée et fraternelle dont nous avons très certainement le plus besoin.

Je vous remercie de votre attention. 

 

 

Allocution de M. Patrice FAURE représentant le Préfet de la Région Bretagne

 Madame la Vice-présidente du Conseil départemental, Madame l’Adjointe à la Maire de Rennes Madame Nathalie APPÉRÉ, Monsieur le représentant de Madame le Consul des Etats-Unis, Monsieur le Président du Comité d’Action et Fondation de la Résistance, Mesdames Messieurs les représentants du Ministère de la Défense, Mesdames Messieurs parents de déportés et de victimes, Mesdames Messieurs venus nombreux aujourd’hui de toutes générations, j’ai le plaisir de voir des enfants ce qui est à la fois touchant et preuve, et forme de témoignage et de respect  que nous avons pour vous Monsieur (Pierre Morel) qui vous appelez un " Dinosaure ", je ne pense pas, vous êtes un de nos Grands Anciens, un de nos Grands Témoins pour qui nous devons avoir et perpétuer le plus grand respect.

Cett année mémorielle fut marquée par un double anniversaire qui eut un retentissement mondial, la libération des camps d’extermination et la fin de la seconde guerre mondiale, deux événements majeurs de l’histoire contemporaine qui ont annoncé au Monde l’heureuse nouvelle de la défaite du totalitarisme en même temps que l’effroyable découverte de l’abjection absolue.

L’inauguration de ce Mémorial fait écho à ces deux événements même si la tragédie du convoi dit de Langeais s’est déroulée en l’été 1944.

Alors que la libération du territoire est enclenchée portée par les troupes alliées et forces de la Résistance, un convoi de la mort se met en marche, inéluctablement, effroyablement.

En cet été 1944 un abîme sépare la France de la liesse, celle de populations libérées de quatre années d’oppression, et la France de l’angoisse en proie aux ultimes exactions de l’occupant.

Rennes s’est trouvée au cœur de cette fracture entre ceux qui célébraient la victoire et ceux qui étaient voués à l’enfer des camps .Le système d’extermination nazie à fonctionné jusqu’aux derniers instants de la guerre sans pitié, sans remords.

Cette année la France s’est souvenue de l’année 1945 dans un contexte dramatique à l’heure où la République frappée par la vague d’attentats que nous avons tous en mémoire s’est recentrée sur ses valeurs fondatrices, esprit de résistance, esprit de solidarité, esprit de tolérance, se sont exprimés à travers de toutes les innombrables cérémonies du Souvenir. De grands temps d’hommage et de recueillement se sont tenus sur l’ensemble du territoire, au camp du Struthof lors de la décoration d’anciens Résistants et Déportés le 8 mai, à l’occasion de la Panthéonisation de quatre figures emblématiques de la Résistance dont Madame Geneviève Anthonioz-de Gaulle chère aux Rennais.

Le temps de mémoire que nous consacrons aujourd’hui du aux victimes de ce convoi de la honte s’inscrit pleinement dans le cycle commémoratif national qui nous exhorte à cultiver en nous ensemble et en manière d’exemple pour les jeunes générations l’esprit de résistance, l’esprit de solidarité, l’esprit de tolérance.

Ce mémorial a une valeur éminemment symbolique et universelle qui dépasse le contexte de l’histoire locale. Voulu par les familles des victimes et leurs proches il trouve sa place dans un ensemble urbain rénové et volontairement tourné vers la jeunesse.

71 ans après, il porte témoignage du calvaire des derniers martyrs de l’abomination nazie pour lesquels nous éprouvons la plus sincère compassion mais aussi la plus haute considération pour le courage dont ils ont fait preuve.

Nous ne pouvons que saluer le sanctuarisation de ce lieu de mémoire, initiative utile à la cité qui désormais assurera le trait d’union entre les générations de la guerre et celles, nous l’espérons, de la paix durable.

Je vous remercie 

 

                                                              

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