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Le dernier convoi de Rennes  dit "train de Langeais

Un autre convoi quitte Angers en direction de Tours le 6 août 44  vers 23 heures, avec 105 hommes et 15 femmes. Il est mitraillé à St-Patrice, à 8 km de Langeais...

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur ce convoi de déportés  

 

 

Je cherche un bénévole pour lire des archives aux AD du Maine-et-Loire à Angers, notamment le registre d'écrou pour la période du 5 au 7 août 1944 (cote 1920 W 316)  microfilm consultable sous la cote 1 Mi 4. Cela me permettrait d'identifier les prisonniers qui font partie de ce convoi.

26/04/2017

Trois prisonniers de ce convoi, ont laissé un témoignage après avoir réussi leur évasion: Le refus du destin de Georges Lebreton,  l'Epreuve d' Annie Guehenno et Jeanne Héon Canonne.

      Le 6 août 105 hommes et 15 femmes quittent la prison du Pré-Pigeon d'Angers. Il sont conduits dans des camions à la gare d'Angers. Ce convoi est composé de wagons de marchandises et de quatre wagons à bestiaux pour les prisonniers. Celui des femmes est le premier derrière  la locomotive. Les Américains sont à moins de 50 km d'Angers.( Angers sera libérée quelques jours plus tard, le 10 juillet)

 

LE DEPART:

Jeanne Héon Canonne - Les hommes blessés à mort crient, Editions du Chalet, Paris, 1966 (p 58 à 65)

"18 heures. — Encore des bruits de bottes. La porte s'ouvre brusquement, deux soldats s'introduisent dans notre
cellule :
— Aus (1) !...
Ils baragouinent quelque chose que Maria traduit par :
— Descendez au bureau des entrées.
Nous nous exécutons. Pour une mise en liberté, c'est singulier. Je demeure très inquiète. Nous sommes appelées tour à tour et priées de signer sur un registre. Les gardiens sont redevenus odieux. Ils nous brutalisent. En ligne, nous sommes reconduites dans l'aile nord ; nous devons passer chacune à notre tour devant un soldat qui nous remet un pain rond et une petite boîte métallique. Je ne peux me leurrer plus longtemps : heureux ceux qui n'ont pas été appelés ! Ils resteront plusieurs centaines et seront délivrés par les Alliés qui sont, nous l'apprenons, à quelques kilomètres d'Angers. En file toujours, nous remontons dans nos cellules. Les autres prisonniers sont indignés, inquiets du sort qui nous attend. J'aperçois Nédélec, rouge, les cheveux en bataille, qui roule sa couverture. Encore un coup de sifflet : tous les « appelés » doivent descendre.
Nous sommes immédiatement entourés d'innombrables gardiens. A eux se joint une nuée de vaches primées, ces horribles « verts de gris » au service de la Gestapo.
Ils font cercle autour de trois camions. Cent trente-cinq malheureux détenus pâles, hâves, décollés, qui partent et voilà pourquoi on a mobilisé toute cette force armée. Dans les deux premières voitures on empile les hommes, la troisième reçoit les femmes. Inopiné, notre départ s'effectue alors que les Alliés sont aux portes de la ville. Les prisonniers sont passifs, certains découragés : il n'y a plus de chants, plus de « Marseillaise ». Je sens monter en moi une envie folle de me « bagarrer », nous voir partir ainsi désarmés, humiliés, comme des esclaves, j'en ai la rage au cœur.
En entrant dans le camion, j'ai la surprise de voir une femme étendue sur une civière. Elle m'apprend qu'elle vient de l'hôpital : c'est la malade de Frébet, celle que Frau Reinhardt était allée visiter le jour de ma consultation. Elle a fait trois hémorragies et a eu trois transfusions. Depuis un mois, elle n'a pas quitté son lit. Frébet a refusé de signer sa sortie. La Gestapo a passé outre. On l'a hissée dans le fourgon.
Chez les hommes, on jette, sur le parquet, un pauvre type atteint de fractures ouvertes des deux avant-bras, représailles d'un gardien du Pré-Pigeon. Les deux camions bourrés d'hommes démarrent, le nôtre fait le récalcitrant. Cinq soldats le poussent pendant que les autres nous menacent de leurs mitraillettes.
Enfin, le véhicule quitte la cour et pénètre dans la rue Savary par cette soirée du 6 août. Mais bientôt notre chauffeur a d'autres difficultés et stoppe. Les faux départs ont provoqué un attroupement. Quelques curieux me reconnaissent et essaient d'approcher : brutalement, les gardiens inquiets retournent leurs mitraillettes contre eux. Ils sont hargneux et prêts à tuer les gens ; les gens ont peur et se dispersent.
oudain, un jeune homme (2) bondit vers nous, sortant d'une auto. Il s'approche hardiment avec une valise, la soulève et veut la remettre à une détenue à genoux près de moi. Celui-ci fait instinctivement un geste pour sortir du camion et se jeter dans ses bras, mais, tout de suite, un coup de crosse la rappelle à la réalité. Le garçon adresse au geôlier un regard plein de rage et de haine.
Le tacot repart enfin et nous emmène à la gare de la Maître-Ecole par des chemins détournés.
Les cheminots vont et viennent autour du fourgon. Ils s'approchent, timidement d'abord, puis résolument de moi ; ils me comblent de provisions : du tabac, du sucre, du beurre, du pain, des fruits secs, de nombreux pains d'épices, j'ai un vrai stock d'alimentation...

... j'aperçois Jean Canonne (3) derrière les barrières qui nous entourent. Il est avec sa femme, maintenus à distance par un Allemand. Tous les deux cherchent à pénétrer dans la gare. Je les désigne à l'officier et je formule le désir de leur parler sur le quai, ce qu'il m'accorde immédiatement. J'ai ainsi la satisfaction de les embrasser une dernière fois. Jean me parle de mes enfants qu'il doit revoir le lendemain. Il m'apprend que Michel (3)est parti dans la nuit du 20 au 21 juillet. Puis il me glisse à l'oreille :
— Ne fais pas d'imprudence, dans huit jours à peine tu seras de retour : la guerre est finie, les Américains sont à dix kilomètres.
J'ai peine à me rassurer : je ne crois pas à une déroute allemande dans l'immédiat. Les nazis lutteront jusqu'au bout. Mais à quoi bon le lui dire. L'essentiel est d'en être, moi, convaincue.
Notre confrère, le Docteur Joly, est là ; il obtient, lui aussi, la permission d'accéder au train, il nous serre la main, à Nédélec et à moi. La Croix-Rouge nous comble de provisions utiles et de gâteries. J'apprends que c'est elle qui a fait prévenir Jean Canonne.
Vers 23 heures, le signal du départ est donné : les Français doivent évacuer le quai. Du groupe des cheminots
qui m'entourent, un homme se détache, me serre la main, me remercie au nom des camarades et m'embrasse...

... Un soldat est placé en sentinelle sur le marchepied.
Le train s'ébranle, mais, au lieu de prendre la direction de Saumur, il se dirige vers la gare Saint-Laud.
Ce fait m'inquiète, car la gare est continuellement bombardée, et, par cette nuit claire, une attaque de la R.A.F. est à redouter.
Le train s'ébranle... nous quittons Angers."

(1) Sortez !

(2) Il s'agit du frère d'Annie Rospabé Guehenno. Il était venue de Paris voir sa sœur à la prison

(3) Jean est le frère de Jeanne Héon Canonne et Michel son mari déporté de Compiègne vers Buchenwald le 15 août 1944.

 

Georges Le Breton:(p 134)

"La station est cernée par des sentinelles en armes, soupire Georges Le Breton qui monte dans le premier wagon en compagnie d'un trentaine de ses camarades. Il est téméraire de fuir. dans notre wagon à bestiaux montent six gardes armés de mitraillettes et munis de lampes électriques. obligation nous est faite de nous allonger avec interdiction de nous relever"

"Nous quittâmes ensuite le « Pré-Pigeon » et embarqués dans des camions qui nous déposèrent à la gare de « Maître-École » à Angers. La station était cernée par des sentinelles en armes et il était téméraire de tenter de s'enfuir. Je montai dans le premier wagon en compagnie du docteur Nédélec, Aussant, Auguste Gaste et une trentaine d'autres camarades."

Annie Guehenno (page 269-270)
"Un groupe de quatre hommes qui portaient un brancard, sur lequel était couchée une femme: ils s'arrêtèrent à notre wagon, posèrent un matelas dans un coin et y installèrent la femme qui, pâle, les yeux fermés, semblait étrangère à ce qu'on faisait d'elle. Nous nous étions toutes effacées et les regardions faire en silence. Pendant ce temps nous parvenaient les bruits de la locomotive qu'on mettait en route, de portes qu'on fermait, d'ordres criés de tous côtés. Un va-et-vient nerveux annonçait le départ. Le soir allait tomber,"

"Le train roulait lentement. Les femmes-majordomes décidèrent qu'on profiterait du reste de jour pour dîner et distribuèrent avec équité le pain, les biscuits et les fruits. La femme qui était couchée sur le matelas avait ouvert les yeux et, appuyée sur le coude, mangeait sa part. Elle avait entendu nos propos et me fit une place sur le matelas, à côté d'elle ; tout le temps que je passai dans ce train, je fus ainsi, auprès de cette femme un peu âgée, au bon visage. Elle était bretonne, de Nantes, et résistante. Malade d'un fibrome, je crois, elle venait d'être opérée et la Gestapo l'avait arrachée à son lit d'hôpital, pour ne pas la laisser échapper, malgré le pitoyable état où elle était. Quand la nuit fut venue, elle me fit étendre sur le matelas près d'elle et, consolée, savourant ma revanche, je passai une très bonne nuit.

Je fus réveillée au matin par la lueur dansante du soleil levant qui tombait sur mon visage à travers les barreaux. Pendant quelques minutes, je crus poursuivre un rêve étrange et puis, je me souvins de tout et, m'asseyant, je regardai autour de moi ; appuyées les unes contre les autres, mes compagnes se reposaient. L'une d'elles, les yeux ouverts, semblait ne rien voir, perdue dans quelles pensées ? Des plaintes s'élevaient d'un coin du wagon. Je me tournai vers la femme malade : elle ne dormait pas, elle n'avait pas dormi, m'expliqua-t-elle, tenue éveillée par la souffrance : à l'hôpital, on lui donnait des calmants. Je l'avais oubliée."

"Des cheminots ont réussi à informer les déportées qu'elles ne pourront aller plus loin que Langeais: les ponts ont sauté sur toute la ligne. ce qu'ils ne savent pas pour l'heure, c'est qu'aujourd'hui même 6 août, un train de quelque mille cinq cent prisonniers civils et militaires - dont des prisonniers de guerre britanniques, américains et français - en provenance de Rennes, stationné, depuis 16 heures, en gare de Langeais, le pont ferroviaire de Cinq-Mars-la-Pile détruit par un récent raid, vient d'être mitraillé, vers 20 heures, par l'aviation alliée, causant, dans le convoi, une soixantaine de blessés, et dix-neuf morts. Auxquels il faut ajouter celles de quatre gardiens allemands."4

Jeanne Héon Canonne (p 65-66)

"La détenue malade s'agite. Elle est près de moi, elle a très soif. J'essaie d'améliorer sa position, c'est difficile. Nous n'avons pas de paille et nous disposons de la moitié seulement du wagon. Les Allemands occupent l'autre moitié. Nous sommes comprimées et entassées les unes sur les autres. Nous ne pouvons tenir qu'assises sur les talons, ce qui est extrêmement fatiguant. Il fait très chaud. Nous n'arrivons pas à dominer notre effroi...

"..Une jeune angevine a le dos couvert d'ecchymoses et ne peut rester assise. La souffrance physique lui arrache des gémissements.
Je sais qu'elle a caché des terroristes. Elle a été rouée de coups par les soldats allemands sous les yeux de sa vieille grand-mère, puis amenée au Hutreau, domicile de la Gestapo, où elle a été martyrisée de nouveau. Elle ne peut trouver une position dans laquelle ses meurtrissures soient supportables ; elle met son dos à nu, ses jambes, sa poitrine. Malgré la douleur, elle garde son calme.

La petite Jacques (19 ans) est très accablée, elle a été prise, en même temps que son frère réfractaire au Service du travail obligatoire, à cause d'une fausse carte d'identité. Elle est toujours auprès de Mme Gobillard, vingt ans, dont le mari, membre de la Résistance, a échappé de justesse aux Allemands. C'est elle qui paie ; elle est frêle et semble très fatiguée par les mauvais traitements qu'elle a subis. Il y a aussi une jeune femme, Michelle, dont le mari officier est interné à Tours. Ils faisaient tous les deux partie de la Résistance. La Gestapo, voulant à tout prix connaître les membres de Libération-Nord n'a reculé devant aucun moyen pour les faire parler. Plusieurs fois, au cours des interrogatoires, on leur a affirmé qu'ils étaient de notre réseau Résistance-Fer. Or ils ignoraient notre existence.
Je reconnais cette étudiante en médecine, membre du parti communiste, dont les parents habitent Saumur. Elle a été arrêtée par la police française, puis passée à tabac par la police allemande. Elle a raconté comment un de ses camarades, interné en même temps qu'elle, s'est pendu dans sa cellule, ayant eu peur de parler sous les coups. C'est une chic fille, qui a un cran magnifique, et je l'envie
d'être célibataire ! J'aperçois aussi Maria dont j'ai précédemment raconté les malheurs. A côté d'elle, une surveillante de la prison française, mêlée aussi à « l'affaire » des étudiants en médecine et qui a favorisé des évasions. Je suis tout près d'une gentille étudiante en lettres de Nantes, prise par la Gestapo au moment où elle reconduisait un officier anglais à son avion, le 6 juin. La malheureuse a
été battue trente-six-heures pendant lesquelles, étendue nue et à plat ventre sur une chaise, elle recevait les coups d'un soldat, au milieu des insanités que criaient les agents de la Gestapo déchaînés et ivres. Et puis il y a cette femme dont le nom m'échappe, à qui, on a soulevé les ongles des mains et des pieds et cette autre à qui on a pincé le bout des seins avec une tenaille rougie au feu."

Le lundi 7 août se lève sur un temps magnifique. Le train stoppe en face de Blaison. les rails ont été déboulonnés. Un wagon déraille St-Pierre-des-Levées vers 1h00 du matin

Georges Le Breton: (p 137)

"Peu de temps après surgit un déraillement à Saint-Clément-des-Levées. Nous pensâmes qu'il était l'œuvre de résistants et que ceux-ci allaient venir à notre secours. Hélas, nous devions déchanter car s'il avait fallu plus de trois heures pour remettre le wagon sur les rails, nous ne continuâmes pas moins notre route sur Saumur. Je sus par la suite que ce sabotage avait été l'œuvre d'un brave cheminot, M. Péron, chef de gare de Saint-Clément-des-Levées qui, aidé de deux jeunes gens du pays, avait cru immobiliser le convoi jusqu'à l'arrivée des Américains. Il devait être découvert et payer de sa vie son acte héroïque".

 Il faudra trois heures pour remettre le wagon sur les rails dans l'impatience  nerveuses des soldats allemands, forts inquiets des effets d'un éventuel bombardement sur les wagons de munitions. 5

Annie Guehenno  (p270)
Où était-on ? Je m'étais mise debout et le paysage que j'apercevais par la fenêtre me semblait familier ; elle me dit que, durant la nuit, le train n'avait sûrement parcouru que quelques dizaines de kilomètres; il s'était arrêté souvent et parfois longtemps, sans qu'elle sût pourquoi. Autour de nous, on commençait de remuer et bientôt tout le monde fut réveillé. On voyait des visages bouffis, des cheveux embrouillés, des vêtements fripés. Le train s'arrêta et on nous fit de nouveau descendre, en pleine campagne, sous la garde de soldats ; il était impossible de se cacher et toute pudeur était dérisoire. D'ailleurs, quel sens avait encore ce mot pour ce troupeau misérable que nous formions maintenant ? L'espoir de fuir, qui m'avait effleurée une minute, était vain ; les soldats, armés, nous talonnaient et nous repoussaient vers le train, et je remarquai des vigies installées dans des sortes d'observatoires, de place en place, sur les toits des wagons."

A la gare de Saumur, M. Théreux de l'Huisserie est évacué agonisant d'un wagon

"Un peu plus tard, le train s'arrêta longuement au milieu des champs. Puis on arriva dans une autre gare  où il fit halte ; on entendait des bruits de discussion. Que se passait-il ? Debout, le cou tendu, je vis jeter sur le quai, du wagon voisin, le corps d'un homme au visage monstrueux, jaune et boursouflé, avec des plaques noires autour du front et des yeux. Je compris qu'il avait eu la tête brisée sous les coups et je supposais qu'il venait de mourir, quand je le vis faire un mouvement et remuer bizarrement la bouche, image effrayante qui me hanta longtemps.

A midi, nos dames-intendantes nous donnèrent à manger. Le train, marchant, s'arrêtant, faisant des manœuvres mystérieuses, n'avançait guère.

Georges Le Breton: (p 137)

"...à Angers comme à Saumur nous fûmes merveilleusement ravitaillés par la Croix-Rouge française. La population civile aurait bien voulu, elle aussi, nous venir en aide, mais il lui était interdit d'approcher du convoi. Ainsi, à Saumur, la vieille mère d'Aussant fit ce qu'elle put pour venir jusqu'à son fils, mais en vain. Cette pauvre maman pleurait à chaudes larmes et son fils n'était pas moins ému."

Annie Guehenno  (p 271)

"Dans l'après-midi, une femme, puis deux, puis près de la moitié furent saisies de maux de ventre violents ; on nous avait mis un seau dans un coin du wagon. Je me rappelle la gêne de la première, une jeune femme blonde et fine, quand il lui fallut, pour y aller, renoncer au respect de soi, à la pudeur, à la délicatesse, qui la rattachaient encore au monde des hommes ; c'est à ce moment-là peut-être que j'ai le mieux senti que nous entrions dans un autre univers. Quand vint mon tour, l'habitude était déjà prise ! Ce wagon était devenu notre maison, ou plutôt notre campement : chacune y avait sa place, des groupes s'étaient formés. Comme tout le monde ne pouvait être étendu en même temps, des roulements s'étaient établis. Protégée par la femme malade, j'avais une place de choix. Le temps commençait de perdre toute dimension. Il faisait chaud. A en juger par le soleil, auquel nous tournions maintenant le dos, l'après-midi devait s'avancer, quatre heures, cinq heures peut-être. Accablé par cette absurde conclusion de l'aventure, on se sentait gagné par le désespoir. Mais chacune gardait ses pensées pour soi. On était somnolent et silencieux, bercé par les cahots ; quand ils cessaient, parce que le train s'était arrêté, l'une de nous se levait, regardait par la fenêtre, disait ce qu'elle voyait, rien, le plus souvent, que la campagne, éclatante de soleil, dans l'été. Quelquefois, le train longeait un chemin et des gens nous regardaient passer, des jeunes filles en robes claires, des hommes au visage hâlé : comme c'était étrange ce bonheur qui existait à côté de notre misère, si proche et pourtant désormais impossible."

Le convoi est mitraillé par l'aviation alliée à St-Patrice

Annie Guehenno  (p 272-273)

Dans une petite gare, Saint-Patrice, à peine étions-nous arrêtés, qu'on entendit le roulement sourd d'avions et ce fut, chez nos gardiens, le branle-bas de combat : ils sautèrent tous du train et se mirent à courir sur la petite route qui, partant du passage à niveau, conduisait au village. Enfermées dans notre wagon, nous attendions ; quelques-unes eurent la présence d'esprit d'agiter des mouchoirs par les barreaux car, à en juger par le bruit qui devenait assourdissant, les avions volaient très bas. Tout à coup, ce fut comme si on avait cogné avec de gigantesques marteaux sur notre wagon : d'un seul mouvement, nous nous étions toutes mises à plat ventre, enchevêtrées les unes dans les autres et nous cachant la tête avec nos bras : un à un, dans un crépitement de balles, les avions passaient en rase-mottes au-dessus de notre toit. Le vacarme était effrayant ; on ne savait plus où on était, si tout n'avait pas explosé, si on était blessé ou même encore vivant. La tête enfouie sous le matelas, je murmurais : «Non, non, ce n'est pas possible. Je ne veux pas mourir. Protégez-moi. Je ne veux pas.» Le fracas d'un avion résonnait encore dans notre tête qu'un autre arrivait. Soudain, plus forte que tout ce bruit, une voix claire s'éleva : je risquai un œil: à genoux, la jeune femme blonde priait à voix haute pour nous toutes qui étions aplaties sur le plancher du wagon, tremblantes et livides...

...Tout à coup, ce fut le silence absolu et une sensation de vertige, comme au bord du vide. On n'osait pas bouger. Puis, peu à peu, on leva la tête, on se regarda, on se secoua. C'était fini ; aucune de nous n'était blessée, mais du dehors parvenaient des gémissements : un des soldats allemands, en se sauvant, avait été atteint par une balle ; une femme de notre wagon -celle avec qui j'avais pris une douche en prison -était médecin ; on la fit sortir et on la conduisit avec le blessé dans la maison du garde-barrière. Le mécanicien et les soldats examinaient la locomotive : transpercée de balles, elle était hors d'état de repartir. Cependant, du village tout proche, arrivaient des hommes et des femmes chargés de paniers de poires et de brocs d'eau ; nos gardiens, encore sous le coup de l'émotion, ouvrirent les portes des wagons et laissèrent ces braves gens nous distribuer l'eau et les fruits : nous tendions les bras et nous amusions à attraper les poires qu'ils nous jetaient en souriant, quand du fond de l'horizon se fit entendre le même grondement que tout à l'heure : les avions revenaient ! le cauchemar recommençait ! Affolés, les Allemands, repoussant les prisonniers vers l'intérieur des wagons, verrouillèrent les portes. Mais quand ils voulurent nous enfermer, quelques femmes en larmes les supplièrent d'avoir pitié ; ils nous laissèrent descendre. Je me précipitai dehors avec le flot des prisonnières. A quelques mètres du train, sur la route qui montait au village, j'assistai, en compagnie de mes gardiens, à ce deuxième mitraillage. Quand ce fut fini, ils nous ramenèrent au train. C'est alors que je vis la femme malade ; je l'avais oubliée ! Il n'y avait pas de reproche dans son regard, et pourtant j'eus honte.

A peine m'étais-je installée près d'elle, qu'on entendit gronder une troisième vague d'avions. Cette fois-ci, je ne la laisserais pas. L'idée me vint aussi que je pourrais fuir et que mon manteau beige, rangé dans un coin du wagon, me dissimulerait mieux que ma jupe écossaise. J'aidai la femme à se mettre debout, puis l'amenai vers la sortie, non sans saisir au passage mon manteau. Comme nous arrivions à la porte, le terrible vacarme de tout à l'heure nous submergea : les avions passaient au-dessus de nous, les balles giclaient de tous côtés

" Georges Le Breton: (p 139- 140)

Dans l’après-midi du 7 août, vers 15 heures, le convoi stoppa brusquement à deux cents mètres de la petite gare de Saint-Patrice entre Bourgueil et Langeais. Les avions américains étaient en vue et nos gardiens ne se firent pas prier pour descendre. Je voulus, moi aussi, leur emboîter le pas et profiter de la panique pour me sauver, quand l'un d'eux me tint en respect avec son arme pendant qu'un autre cadenassait le wagon.

Nous venions immédiatement après la locomotive et derrière étaient accrochés trois autres wagons de prisonniers et une dizaine de wagons de marchandises et de munitions. Je réussis à percer une petite brèche d'où je pouvais voir nos gardiens planqués dans les fossés, leurs armes dirigées sur le convoi. Un gars du Morbihan, prénommé Henri, arracha une planche à l'autre extrémité et sortit le buste pour descendre à contre-voie. Mais une rafale de mitraillette lui fit comprendre qu'il était inutile d'insister.

Les avions commencèrent à tourner en rond au-dessus du convoi ; je passai le bras à l'extérieur et agitai de mon mieux une chemise blanche afin de signaler notre présence aux aviateurs alliés. Je ne pus rester longtemps dans cette position et dès la première rafale je me blottis comme tout le monde contre la paroi du wagon, la tête emmitouflée dans ma chemise. Les avions piquèrent à tour de rôle et leurs balles fendant l'air au-dessus de nos têtes vinrent percuter la locomotive et son tender.

A chaque mitraillade, certains camarades ne pouvaient retenir leurs cris et quand les avions s'éloignèrent nous eûmes le plaisir de constater que pas un de nous n'avait été touché. Seul, un Allemand fut atteint à la tête. Nous fredonnâmes aussitôt la Marseillaise en nous embrassant ; l'alerte avait été chaude, mais tout s'était passé pour le mieux. Les aviateurs avaient visé juste et la « loco » criblée de balles était inutilisable."

L'évasion d'Annie Guehenno (p 274)

..". Nos compagnes et nos gardiens s'étaient jetés à plat ventre dans les fossés. Je fis descendre la femme et la couchai sans trop de douceur dans l'herbe, puis, jetant un coup d'œil autour de moi, sans hésitation, je me mis à courir sur la route, vers le village que j'apercevais en haut, à quelque cent mètres. La première maison était une boucherie ; je m'y engouffrai ; elle était pleine de gens : ils me regardèrent effarés et, sale, hirsute, j'avais, à coup sûr, un aspect bizarre. Je m'expliquai :

«Je me suis échappée du train. Je veux me cacher, loin. Il ne faut pas qu'«ils» me reprennent !»

Le boucher me mit dans la main un camembert et un billet de cinq cents francs et me dit : Vous allez suivre la route qui monte, là, le long des vignes. Quand vous aurez fait environ quinze cents mètres, vous verrez sur la droite une ferme, La Cailleterie. Vous direz : «Je viens de la part de Marius.» Soyez tranquille, M. Chauvet s'occupera de vous.

Je ne suis pas sûre d'avoir dit merci. Je me précipitai dehors, tout en enfilant mon manteau, et me mis à courir sur la route qui grimpait au flanc d'une colline ; essoufflée, les jambes tremblantes et faibles, je courais sans répit, jetant seulement un regard furtif sur la gare et le train que je dominais dangereusement. Le silence était revenu. Les gens se relevaient. On allait faire le bilan, on s'apercevrait de mon évasion. Je me baissais derrière les rangées de vigne, sans cesser de courir.

A la ferme, c'est une sorte de seigneur qui m'accueillit : un de ces paysans, plein de finesse et de réserve, grand et maigre, au regard réfléchi, auquel le silence a donné une force tranquille et royale. A certains moments graves de la vie, on touche d'emblée le fond des êtres. Tout le faux-semblant disparaît comme des bulles qui éclatent, et s'imposent quelques grandes valeurs humaines qui, seules, établissent entre les hommes des rapports vrais et profonds : la bonté, la simplicité, je les trouvai dans les regards de M. et Mme Chauvet. Ils me souriaient, sans avoir l'air de remarquer mon air hagard et ils insistaient pour me garder avec eux dans la ferme, soucieux seulement de moi, et oublieux du danger que je représentais. Mais moi, je ne pensais qu'à brouiller les pistes entre les Allemands et moi, à me cacher, à devenir invisible dans un petit coin, oubliée de tous. Une vraie terreur m'habitait soudainement, et rien ne put me convaincre. Je voulais m'enfoncer dans la grande forêt que je voyais à la limite des champs. M. Chauvet me dit qu'elle s'étendait sur des dizaines de kilomètres et qu'on s'y perdait. Tant mieux ! Me perdre, c'est tout ce que j'espérais, du moment que j'échappais ainsi à la Gestapo"

L'évasion de Georges Le Breton (p 140 - 143)

"Je me postai à nouveau contre la brèche qui me servait d'observatoire et me réjouis en voyant accourir sur les lieux des civils. L'un de ceux-ci se rapprocha du convoi et je lui criai : « De l'eau, de l'eau. » II réalisa du même coup qu'il avait devant lui un convoi de prisonniers sur la route de la déportation et alerta la population. Très vite, les braves gens du pays s'avancèrent vers nous les bras chargés de provisions ; mais ils se virent refouler par les sentinelles.

C'est alors qu'intervint Mme la duchesse de Talleyrand-Valençais, présidente de la section locale de la Croix-Rouge. Elle distribua au hasard une dizaine de brassards à des jeunes gens et jeunes filles du pays et après avoir longuement parlementé avec le chef du convoi, celui-ci consentit finalement à ce que nous fussions ravitaillés.

En peu de temps, j'avais mûri plusieurs projets. Je n'avais pas été sans remarquer qu'un bois était situé à proximité du bourg et qu'en me procurant un brassard de la Croix-Rouge j'avais quelque chance d'échapper à mes bourreaux.

D'autre part, à une dizaine de mètres de la voie était sise une maisonnette de garde-barrière avec W.-C., installés tout à côté. En admettant donc que je pusse pénétrer dans les waters, j'avais la ferme intention d'en démolir le fond et de me défiler, protégé par la maisonnette.

Quand la porte de mon wagon s'entrouvrit et qu'un seau d'eau y fut introduit, je bus goulûment un bon verre et sollicitai de mon feldwebel l'autorisation de me rendre aux W.-C. Il acquiesça à ma demande. Au moment où j'allais en ouvrir la porte, il me rappela vivement et me mit en joue. Je dus donc me résigner à faire « pipi » contre le wagon. Je ne me pressai pas et essayai de me procurer un brassard, mais rien à faire car nous étions trop étroitement surveillés.

Soudain, le feldwebel appliqua sa main sur mon épaule gauche et me fit comprendre que je devais réintégrer le wagon. Il me poussa de la main droite et j'avais déjà le pied gauche sur le plancher quand je le vis détourner la tête. D'un mouvement de reins très rapide je fis en sorte de me débarrasser de son emprise et me laissai glisser contre le wagon. Quand il se retourna il me crut à l'intérieur du wagon alors que je me trouvais posté derrière lui. Il accorda alors la permission à Frédo qui descendit à son tour et j'en profitai pour m'élancer et arracher un panier des mains d'une dame de la Croix-Rouge qui distribuait des poires aux prisonniers du wagon voisin.

Camouflant mon visage barbu et meurtri ainsi que mon bras gauche dépourvu de brassard à l'aide du panier que je tenais très haut, je me mis, à mon tour, à distribuer des poires aux prisonniers des autres wagons.

Mon panier était à peu près vide quand les avions revinrent rôder autour du convoi, semant à nouveau la panique. Les Allemands affolés firent remonter les quelques prisonniers descendus faire leurs besoins et cadenassèrent les portes des wagons. Ils se camouflèrent ensuite dans les fossés tout en maintenant leurs armes braquées sur le convoi.

Quand j'eus réalisé, je me trouvais seul dehors avec mon panier. Quel risque devais-je courir ? Pour fuir, il me fallait passer sous le nez d'une dizaine de sentinelles et non loin de mon feldwebel. Perdu pour perdu, je n'hésitai pas et faisant miroiter le panier devant ma figure, je m'éclipsai sans être reconnu.

Je traversai à une allure folle tout le petit bourg de Saint-Patrice et pénétrai dans le parc du château de Rochecotte. Je m'enfonçai aussitôt dans les lauriers et me mis à observer. Je n'étais pas suivi et ceci me rasséréna.

Le 7 août le commandant du convoi reviendra de Tours avec plusieurs camions.

"Il a chargé en route une troupe de quatre-vingts soldats progressant vers l'Ouest. De  quoi pousser les déportés dans des camions qui repartiront par la route, à l'exception d'un parachutiste du BCRA, caché dans le double plafond de la cantine, que j'évacue rapidement vers la forêt, et le soir sur St-Nicolas-de-Bourgueil. Il sera rejoint par une nouvelle évadée, la doctoresse Jeanne Héon Canonne qui, elle, a faussé compagnie à ses geôliers, à La-Ville-aux-Dames, pour revenir se cacher dans mon école avant d'être prise en mains par des gens sûrs. "9

Quelques prisonniers identifiés (23)

AUSSANT, inspecteur de police de Saumur.

BARBEAU Robert ??
BRAUD Robert (colonel) et sa femme

BRAUD femme du colonel BRAUD. Évadée (Source: Caen. Témoignage d'Annie ROSPARBE)

BOITIN René, , né le 17 juillet 1924 à Laval. (53).  Ajusteur à la S.N.C.F. Agent de liaison dans la Résistance le 8 juin 1944. Arrêté par les Allemands face à l'Hôtel de la Poste, le 29 juillet 1944 en compagnie de Jean THOMAS, Désiré HEUSDENS et Daniel PERIBOIS. Porteurs de 3 grenades, de pansements anglais et de 3 chargeurs de mitraillette Sten. Rassemblés à la mairie, ils sont internés 2 jours à la prison de Laval, puis dirigés en camion à Angers 25 à 30 prisonniers faisait partie du convoi Au  bout de quelques jours il se trouve dans le convoi parti d'Angers le 6 août 1944 (Convoi mitraillé à Saint-Patrice). Après avoir défoncé la paroi du wagon sur le côté, il s'évada après Dijon, à Mantoche en Haute-Saône le 15 août. (Daniel PERIBOIS est repris par les Allemands et dirigé vers la prison de Vesoul puis Kalsrhure, Mannheim puis Francfort. Daniel HEUSDENS déporté de Belfort le 29 août vers Neuengamme est décédé le 3 mai 1945 sur le Cap Arcona dans la Baie  de Lübeck; Jean THOMAS déporté de Belfort le 29 août vers Neuengamme est libéré en mai 1945 dans la baie de Flensburg). Source: Fichier de Caen.
DOUIX Jacques
, torturé en même temps que Georges LE BRETON.
DUBOIS
(rescapé du maquis de Saffré)


GASTE Auguste , né le 20 novembre 1922 à Aubigné (49). Il est dans le convoi parti d'Angers et qui a été mitraillé à St-Patrice, 8 km avant Langeais. Il monte dans le convoi reconstitué à La-Ville-aux-Dames en direction de Belfort. Il est ensuite transféré vers le KL Natzweiler le 26 août 1944. Décédé

GAZEAU Louis, né le 6 octobre 1896 à Beaugé (49). Il est dans le convoi parti d'Angers et qui a été mitraillé à St-Patrice, 8 km avant Langeais. Il refuse de s'évader à Saint-Patrice par peur de représailles sur ses enfants. Il monte dans le convoi reconstitué à La-Ville-aux-Dames en direction de Belfort. Il est ensuite déporté vers le KL Natzweiler le 26 août 1944. (Matricule: 43775). Il décède le 7 avril 1945 à Lüneburg.

GLAJEAN Félicien (Commandant Philippe).  Membre de l'Armée Secrète depuis le début de 1943 et chef de groupe de Résistance de Saffré. Il contribue en particulier à des transports d'armes et à l'hébergement de réfractaires. Lors de l'attaque menée par les Allemands  le 24 juin 1944, il est fait pritonnier. Soumis à Nantes et à Angers, du 29 juin au 6 août 1944, aux interrogatoires de la Gestapo, il sut garder le secret, opposant l'énergie de son caractère aux tortures de ses bourreaux. Il se trouve dans le convoi parti d'Angers et qui a été mitraillé à Saint-Patrice, près de Langeais. Il est conduit à la Ville-aux-Dames, pour embarquer dans un nouveau convoi.. Il réussit à s’évader le 14 août, à Broyes-les-Pesnes (entre Dijon et Gray)avec trois autres camarades. Croix de guerre aux étoiles d'argent.

GOBILLARD Marguerite, née le 24 novembre 1920 à Angers (49). Son mari membre de la Résistance, a échappé de justesse aux Allemands. Incarcérée à la prison du Pré-Pigeon à Angers, elle est dans le convoi parti d'Angers et qui a été mitraillé à St-Patrice à 8 km avant Langeais. Elle monte dans le convoi reconstitué à La-Ville-aux-Dames en direction de Belfort, puis est déportée le 1er septembre 44 vers Ravensbrück. (Matricule: 62916). Son parcours: Ravensbrück, Siemens, Ravensbrück où elle est libérée le 23 avril 1945 par la Croix-Rouge.

GROS André , s'évade  à St-Patrice.

HEON-CANONNE Jeanne . Mardi 20 juin 1944, Michel et Jeanne Héon-Canonne, médecins à Angers, sont arrêtés par la Gestapo et incarcérés à la prison du Pré-Pigeon. Pendant que l’aviation alliée bombarde la gare, des résistants, dans les cellules de la prison, sont sur le point de partir en déportation. Jeanne Héon-Canonne est alors enceinte de trois mois. Séparée de son mari, elle fait sa première expérience de la vie carcérale. Mauvais traitements et enquête. Que sont devenus leurs enfants ? La Gestapo commence à se replier. Michel est déporté de Compiègne-Rethondes le 18 août vers le KL Buchenwald. Elle-même est évacuée en train, mais parvient à s’évader. Retour vers le Maine-et-Loire pour retrouver les enfants, attente de nouvelles de Michel. Il revient début mai 1945 de Buchenwald, dans un état déplorable et meurt au bout de cinq semaines. Elle s'évade à La-Ville-aux-Dames. Article

HEUSDENS Désiré, né le 21 octobre 1917 à Paris. Arrêté par les Allemands face à l'Hôtel de la Poste à Laval, le 29 juillet 1944 en compagnie de René BOITIN, Jean THOMAS et Daniel PERIBOIS. Porteurs de 3 grenades, de pansements anglais et de 3 chargeurs de mitraillette Sten. Rassemblés à la mairie, ils sont internés 2 jours à la prison de Laval, puis dirigés en camion à Angers 25 à 30 prisonniers faisait partie du convoi Au bout de quelques jours il se trouve dans le convoi parti d'Angers le 6 août 1944 (Convoi mitraillé à Saint-Patrice). Transféré de Belfort le 29 août vers Neuengamme. Matricule: 43695. Lieu de déportation: Wilhelmshaven. Il décède le 3 mai 1945 dans la Baie de Lübeck-Neustadt. Source: Fichier de Caen.

JENVRIN, née PIRSON Marie, alias Françoise, née le 7 août 1921 à Nantes (44). Membre du Front national des étudiants d'Angers depuis août 1941 puis secrétaire de ce groupe au début 1942, elle s'est engagée dans les rangs des F.T.P.F. puis dans les F.F.I. au mois de mars 1942, dans le Maine-et-Loire. Elle assure l'impression et la distribution des tracts, réalise de nombreux transports d'armes et de matériel, établit des relevés de plans. Affectée au service Liaisons et Transmissionss, elle est nommée agent du liaison responsable régional SARDO, puis de responsable interrégional LOFFEL, et ensuite du colonel ROL-TANGUY. Elle participe à l'évasion d'une patriote détenue à l'hôpital civil d'Angers, Léonne Roquet, membre du groupe FTPF du Maine-et-Loire et femme du commandant F.T.P.F. "Jacques", de la région de Chateaudun. Étudiante en médecine au moment de son arrestation. Arrêtée par la Gestapo le 11 juillet 1944 à Angers, elle est internée à la Prison du Pré Pigeon d'Angers jusqu'au 6 août 1944 où elle monte dans le convoi qui sera mitraillé à Saint-Patrice, puis rejoint le convoi de prisonniers venus de Rennes à la-Ville-aux-Dames le 10 août 1944 à destination de l'Allemagne.  À Belfort, elle est déportée le 1er septembre 1944 vers Ravensbrück. (Matricule: 62912). Autres lieux de de déportation: Leitmeritz, Velboth. Rapatriée le 25 mai 1942. (Source: Fichier Caen)

KEROUT (Mme) de Savenay. Évadée. (Source: Caen. Témoignage d'Annie ROSPARBE)
 

LE BRETON Georges. Evadé le 8 février 1941 du camp de la Fère, il gagne la zone libre le 17 février . Démobilisé, il intègre les F.F.LC. et à proximité d'Andorre, il facilite le passage en Espagne des jeunes qui veulent se rendre en Angleterre rejoindre le général de Gaulle. Muté à la préfecture de la Mayenne le 1er mai 1943, il assume  dans ce département la responsabilité du réseau "Jonque" (B.C.R.A.). Il est arrêté par la Sicherheitspolizei (police de sécurité) et dirigé sur Angers, où, à la prison du Pré-Pigeon, il subira des interrogatoires "musclés" sans jamais donner les noms de ses camarades.

Docteur NEDELEC, chirurgien à Nantes ou Angers. Il s'évade à Saint-Patrice.

PERIBOIS Urbain . Arrêté par les Allemands face à l'Hôtel de la Poste, le 29 juillet 1944 en compagnie de Jean THOMAS, Désiré HEUSDENS et René BOITIN. Porteurs de 3 grenades, de pansements anglais et de 3 chargeurs de mitraillette Sten. Rassemblés à la mairie, ils sont internés 2 jours à la prison de Laval, puis dirigés en camion à Angers 25 à 30 prisonniers faisait partie du convoi Au  bout de quelques jours il se trouve dans le convoi parti d'Angers le 6 août 1944 (Convoi mitraillé à Saint-Patrice). Après avoir défoncé la paroi du wagon sur le côté, il s'évada après Dijon, à Mantoche en Haute-Saône le 15 août. (Daniel PERIBOIS est repris par les Allemands et dirigé vers la prison de Vesoul puis Kalsrhure, Mannheim puis Francfort. Source: Fichier de Caen.

ROSPABÉ GUEHENNO Annie, (la jeune fille à jupe écossaise). Agent de liaison, elle est arrêtée le 9 juin 1944 dans la maison des Lecomte ainsi qu' André Gros et un officier supérieur britannique l'Air Commodore Ronald Ivelaw-Chapman3. Fouillée, ses geôliers découvrent sur elle un papier où la jeune résistante a noté quelques adresses à Londres. Emprisonnée dans la cellule 73, à la prison de Pré-Pigeon à Angers. (Conçue pour recevoir 250 détenus, elle en contient plus d'un millier, hommes et femmes, réfractaires du STO confinés dans des conditions pitoyables) 8.  Elle s'évade à St-Patrice. Elle rencontrera  l'écrivain académicien, Jean Guehenno avec qui elle liera sa vie.

SUDAN (Rescapé de Saffré).

M. THEREUEX extrait du convoi à Saumur agonisant.

THOMAS Jean, né le 20 août 1920 au Mans (72). Arrêté par les Allemands face à l'Hôtel de la Poste à Laval, le 29 juillet 1944 en compagnie de René BOITIN, Désiré HEUSDENS et Daniel PERIBOIS. Porteurs de 3 grenades, de pansements anglais et de 3 chargeurs de mitraillette Sten. Rassemblés à la mairie, ils sont internés 2 jours à la prison de Laval, puis dirigés en camion à Angers 25 à 30 prisonniers faisait partie du convoi Au  bout de quelques jours il se trouve dans le convoi parti d'Angers le 6 août 1944 (Convoi mitraillé à Saint-Patrice). Transféré de Belfort le 29 août vers Neuengamme. Matricule: 43678). Lieu de déportation: Wilhelmshaven. Libéré le 8 mai 1945 dans la Baie de Flensburg.  Source: Fichier de Caen.

 

 

 

Sources
  Anne Guehenno - L'Epreuve
 1 page 269
 

 

Georges Le Breton - Le refus du destin. 1939-12945. Edition SILOE 1994
  Exécutez l'Air Commodore. Eddy Florentin et Claude Archambault- Flammarion
  3 page 261
  4  page 316 Héon-Cannone Jeanne
  5  page 317
  6  page 326
   
  7 Exécutez l'Air Commodore. Eddy Florentin et Claude Archambault- Flammarion.
  8 Héon-Cannone, Jeanne, Les hommes blessés à mort crient, Editions du Chalet, Paris, 1966

Résumé du journal-récit de Jeanne Héon-Cannone

Présenté sous forme de journal, le récit commence le mardi 20 juin 1944 et se termine le mardi 5 juin 1945. Dans l’espace de cette seule année, qui commence après le débarquement des alliés en Normandie, que s’est-il passé ? Mardi 20 juin 1944, Michel et Jeanne Héon-Canonne, médecins à Angers, sont arrêtés par la Gestapo et incarcérés à la prison du Pré-Pigeon. Pendant que l’aviation alliée bombarde la gare, des résistants, dans les cellules de la prison, sont sur le point de partir en déportation. Jeanne Héon-Canonne est alors enceinte de trois mois. Séparée de son mari, elle fait sa première expérience de la vie carcérale. Mauvais traitements et enquête. Que sont devenus leurs enfants ? La Gestapo commence à se replier. Michel est déporté. Elle-même est évacuée en train, mais parvient à s’évader. Retour vers le Maine-et-Loire pour retrouver les enfants, attente de nouvelles de Michel. Il revient début mai dans un état déplorable et meurt au bout de cinq semaines.

 

  9 Lenoble Jean, témoignage manuscrit, archives privées
  La guerre en Bretagne. Récits et portraits Tome 2. Pages 63 à 71.  A Perraud Charmentier. Editions: Aux portes du Large

   

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