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Yves-Marie LE BIHAN, de la Résistance à la Collaboration

29/08/2017

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Yves-Marie Le Bihan est né le 14 janvier 1920 à Saint-Nicolas-de-Redon (Loire-Inférieure-Loire-Atlantique). Réfractaire au STO (Service du travail obligatoire) depuis une première convocation de décembre 1942 et porteur d’une fausse carte d’identité depuis la fin de l’année 1943, Le Bihan était en infraction par rapport à la règlementation en vigueur. Arrivé chez ses parents, le 22 mai 1944, par le jardin situé à l’arrière, il est surpris par un civil, caché dans la cour, qui lui braque son pistolet pour le conduire à la maison. La déclaration de Le Bihan ajoute que ses parents ont soigné des résistants blessés et qu’étant soupçonnés par l’ennemi, leur maison pouvait être surveillée. Le Bihan est alors interné du 22 au 23 mai 1944  à la Feldgendarmerie de Redon, puis incarcéré  à la prison Lafayette de Nantes du 23 mai au 2 juin 1944, à Jacques Cartier de Rennes, du 2 juin 1944 au 2 août 1944 et, acheminé par convoi ferroviaire du 2 août 1944 au 15 août 1944 vers Belfort, il est emprisonné au fort Hatry du 15 août 1944 au 26 août 1944. Il est libéré le 26 août 1944.

Les rapports de gendarmerie et les attestations de témoins sont beaucoup plus éclairants, car l’histoire de Le Bihan—ses parents Joachim et Berthe Le Bihan—comporte des zones d’ombre et des comportements plus que douteux, répréhensibles. Sa demande d’interné politique est refusée. Donatien Seillé affirme bien, lors du rapport de gendarmerie,  l’avoir hébergé au cours du printemps 1944, à Drenny-Plessé (Loire-Inférieure), car il se cachait des Allemands, propos confirmés par son frère Bernard Seillé.  

Selon des rapports de gendarmerie des 16 et 17 septembre 1944, Le Bihan reconnait avoir déclaré devant les gendarmes, en mai 1944, qu’il avait dénoncé l’activité de personnes dont un lieutenant de gendarmerie et prévenu un commandant de gendarmerie de Redon de se mettre à l’abri. Il annonça  que trois chefs de section, qu’il qualifia de salopards,  allaient être arrêtés. Il rajoute alors  que ses aveux étaient  la conséquence de tortures infligées, mais démenties par les gendarmes témoins lors de son interrogatoire, car son état physique était très satisfaisant. Il envisagea de travailler pour la Gestapo, afin de se tirer d’affaire. Lors des interrogatoires de septembre 1944, on apprend que les parents Le Bihan ont  été arrêtés le même jour que leur fils, mais la mère est  relâchée le lendemain et le père, le 7 ou 8 juin 1944.  Celle-ci, complice de la Gestapo, l’amena à l’église de Saint-Nicolas pour procéder à l’arrestation d’une demoiselle Jeanne Mouraud.  Autre déposition d’un gendarme de Redon: Le fils Le Bihan semble afficher une certaine aisance avec la Gestapo. A la demande de la Gestapo, il la met sur la piste de personnes à arrêter. Autre déposition, celle d’un gendarme de Gahard: Le Bihan prétend avoir travaillé avec la Gestapo pour tâcher de se tirer d’affaire. Les mêmes propos, constituant sa ligne de défense, ont été rapportés devant d’autres gendarmes. En fin de journée du 16 septembre 1944,  Le Bihan comparait, relate les séjours qu’il a effectués en prison et prétend ne connaitre aucun des noms de la Résistance de Redon. Il proteste, à nouveau, de son patriotisme.

Le 2 février 1945, le Préfet de Loire-Inférieure adresse un courrier au Commissaire du Gouvernement, près de la Cour de Justice, accompagnant un volumineux dossier sur la famille Le Bihan, dénonciatrice d’un grand nombre de Français. Les cours de justice, créées par l’ordonnance du 26 juin 1944, statuaient sur les actes de collaboration et sanctionnaient les dénonciateurs. Elles procédaient à leur épuration. Les enquêtes concluent à des comportements troubles auprès de la Gestapo. Des informations ont été communiquées et des noms de résistants livrés à la Police allemande. 

De retour du Fort Hatry de Belfort, Yves Le Bihan est condamné à 20 ans de travaux forcés et à l’indignité nationale. Sa mère qui a dénoncé Jeanne Mouraud  déportée à Ravensbrück est condamnée à 5 ans. Ce profil  n’est pas exceptionnel mais il révèle des délations toutes soulignées par les gendarmes français et les voisins de la famille Le Bihan.

Daniel Heudré

Source : AVCC, Caen, 21 P 588 105

 

 

 

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