Pour m'écrire memoiredeguerre35@yahoo.fr

- Liste des biographies

 

Gabriel et Marie LANOË

 

         Gabriel et Marie Lanoë forment un couple de maraîchers du quartier Pigeon Blanc à Saint-Jacques de la Lande. Vers 1960, leur terrain sera acheté par la commune pour construire l’école publique de la Croix Verte, rue du Temple de Blosne.

         C’est un couple sans enfant qui travaille dur. Ils ont hérité de ce terrain venant des parents de Marie, Monsieur et Madame Châtelier, eux-mêmes maraîchers. Ils portent leurs légumes en ville dans les épiceries ou au marché des Lices le samedi matin. Pour cela, ils ont des carrioles avec un cheval et ils sont parmi les premiers à s’acheter une voiture en 1933.

         Suivant les saisons, ils emploient des ouvriers pour les travaux agricoles. Eventuellement, ils les logent et les nourrissent. Ils ont récupéré un grand bâtiment à l’Arsenal qu’ils ont reconstruit et transformé en maison d’habitation avec des dépendances pour leur matériel.

          Pendant l’Occupation allemande, les voisins ne voient pas beaucoup de changements dans les activités de M. et Mme Lanoë sauf qu’il y a souvent beaucoup d’ouvriers agricoles et qu’ils en changent souvent. Ils sont parfois15 ou 16 à table. Les gens du quartier ironisent : « Ils changent souvent de personnel ! Ce n’est pas étonnant, la Marie est tellement dure que les ouvriers ne restent pas. Ah ! Cela défile chez eux ! »

         Seules, quelques personnes sont au courant des activités de ces maraîchers, comme Monsieur Leroy qui fait de la charcuterie et en porte régulièrement dans la maison Lanoë. Mais personne ne dit rien.

         Très souvent, des allemands viennent chercher du ravitaillement chez eux et ils sont bien reçus, ce qui fait penser à certains qu’ils sont un peu « collabos ».

         En fait, Gabriel et Marie Lanoë sont de vrais Résistants. Ils sont un maillon essentiel dans le mouvement des FTP ou dans le réseau Oscar Buckmaster.

         Les Réfractaires au STO, les Résistants en difficulté ou les aviateurs anglais ou américains trouvent chez eux le gîte et le couvert. Simplement, s’ils doivent rester là quelques jours, ils revêtent une cotte de travail et des bottes ou des sabots comme tous les journaliers qui travaillent là.

         Gabriel Lanoë est en contact avec Louis Pétri, commandant des FTP d’Ille-et-Vilaine, qui vient souvent se faire héberger là, le temps d’organiser des actions et de prendre des contacts. C’est de là qu’il partira avec tout le matériel nécessaire pour libérer 47 Résistants incarcérés à la prison de Vitré le 30 avril 1944.

         Gabriel Lanoë est en contact avec Émile Gernigon, un agriculteur de Goven qui reçoit sur ses terres des parachutages d’armes et de munitions qu’il cache dans sa ferme. Il reçoit aussi des parachutistes alliés qu’il emmène chez Gabriel et Marie Lanoë. Ces parachutistes ou aviateurs alliés restent quelques jours à Saint-Jacques, le temps de prendre les contacts nécessaires pour les faire évacuer. Puis Gabriel les emmène dans sa carriole, toujours habillés en tenues de jardiniers, vers une autre destination et un autre relais.

         Ils ne peuvent utiliser l’automobile car l’essence est rare et réservée pour les Allemands. Toutes les voitures en état de fonctionner sont réquisitionnées par eux.

         Dans le grenier de la maison, un poste émetteur est caché et les Allemands le cherchent. Un soir, leurs instruments le repèrent et ils s’approchent du 52 rue du Temple de Blosne. Les chiens aboient et Gabriel sort et va parler aux Allemands qui le connaissent bien. Pendant ce temps, Marie a dû prévenir le « radio » qui envoyait des messages.  Gabriel reste un moment à parler avec les Nazis. Que se sont-ils dit ? On ne le sait pas, mais Gabriel peut rentrer chez lui sans problème, mais il a eu très peur…

         La ferme d’Émile Gernigon à  Bolac en Goven est encerclée par les Nazis et la Milice le 26 avril 1944. Ils mettent le feu aux bâtiments et arrêtent Émile Gernigon, qui sera fusillé à La Maltière. André, son frère, sera déporté et reviendra en 1945 et un ouvrier agricole mourra en déportation.

         Gabriel et Marie Lanoë ne seront pas inquiétés, heureusement.

 Ils ont rendu de grands services à la Résistance car les hommes qui agissaient pour notre liberté avaient aussi besoin de se cacher, de se reposer et de se nourrir. Toutes les personnes qui les aidaient prenaient de grands risques. 

                                                                   Renée Thouanel-Drouillas.