11/02/2014


Marie et Pascal LAFAYE

Déportés de la Résistance

(1891-1945) - (1927-1945)

marie-lafayeMarie, Céline, Célestine Daucé est née le 28 juillet 1891 à Pleugueneuc (35), d'un père boulanger et d'une mère ménagère. Le 1er août 1912 elle épouse Laurent Lafaye, employé de bureau, de leur union naîtront quatre enfants dont Pascal est le benjamin.

D'abord domiciliés boulevard de l'Ouest (aujourd'hui boulevard de Verdun), les époux Lafaye s'installent Passage de la Croix Carrée en 1929.

Gazé au cours de la guerre 1914/1918, Laurent Lafaye meurt le 25 septembre 1934. Marie doit achever seule l'éducation des ses derniers fils : deux d'entre eux sont lycéens et Pascal fréquente encore l'école primaire de la rue Saint-Melaine.

Durant la seconde guerre mondiale, Pascal, son fils, fait partie d'un groupe de collégien engagé dans une organisation spéciale, hostile à l'occupation allemande et font diverses actions dont un détournement d'armes.

Madame Lafaye cache à son domicile les armes récupérées par son fils.

Après l'arrestation de Pascal, le 5 mars 1942, la Gestapo perquisitionne, en vain dans un premier temps, puis découvre les armes. Marie Lafaye est alors arrêtée le 20 mai 1942 et incarcérée. Le 15 juin 1942, elle est déportée en Allemagne.

D'abord internée à la prison de Wittlith, dans la région de Trèves, puis à Flussbach, elle est transférée, le 29 septembre 1943, à Lauban région de la Silésie en Pologne.

Elle est conduite au Sondergericht (Tribunal d'exception) de Breslau, le 10 janvier 1944, elle y retrouve son fils Pascal et ses camarades rennais qui doivent être jugés en même temps. C'est la dernière fois qu'elle voit son fils sans pouvoir échanger un mot. Marie est condamné à 3 ans de prison, peine qu'elle subit à la prison de Jauer en Silésie.

Le 22 janvier 1945, devant l'avance russe, elle est évacuée vers le camp de Ravensbrück. A 2 kilomètres se trouve une annexe du camp appelé Ueckermark, plus connu sous le nom de Jugendlager (Camp de jeunesse), parce qu'il avait reçu les jeunes hitlériennes délinquantes en 1940 et 1943. Très fatigué Marie Lafaye supporte très difficilement le régime du camp. Chaque jour une SS vient faire un discours vantant les douceurs du Jugendlager : pas d'appel, travail très léger. Marie est tentée, malgré les dissuasions de ses camarades de captivités lui disant qu'on avait jamais revu celles qui s'y rendaient, elle se porte volontaire, fin février 1945. Après la guerre on apprend que dans le camp de jeunesse d'Ueckermark, les femmes étaient dépouillées de leurs vêtements chauds et qu'elles étaient vêtues d'une simple chemise et d'une robe légère. Deux fois par jour elles doivent se rendrent à l'appel dehors, par un froid glacial, la nourriture est moitié moins que le camp principal, une latrine (W.C.) pour 800 prisonnières.

Madame Lafaye y meurt d'épuisement le 14 mars 1945.

 

Marie Daucé, épouse Lafaye, est titulaire, à titre posthume, des décorations suivantes :

  • Médaille Militaire

  • Croix de Guerre avec palme

  • Médaille de la Résistance


Pascal Lafaye
Le plus jeune déporté résistant du département d'Ille-et-Vilaine.

pascal-lafaye.jpg (31953 octets)Pascal Lafaye, né le 21 juillet 1927 à Rennes, est le benjamin d'une famille de quatre enfants. D'un père, employé de bureau et d'une mère ménagère.

Pascal n'a que 7 ans quand son père, ancien combattant de 1914-1918, meurt en 1934, Marie Lafaye doit élever seule les enfants.

Pascal est élève du Cours Complémentaire de la rue d'Echange durant la seconde guerre mondiale.

Hostile à l'occupation allemande, en juin 1941, à 14 ans, il se lie à un groupe de collégiens de l'Ecole d'Industrie, qui font parti d'une Organisation Spéciale, O.S.. Il participe alors à différentes manifestations contre les autorités d'occupation : Lacération d'affiches prônant la collaboration, destruction de panneaux de signalisation allemands, à la diffusion de tracts émanant du groupe de Résistance de la SNCF, etc… Il participe aussi à des actions plus importantes telles la récupération d'armes dans un dépôt boulevard Chézy.

Le groupe est dénoncé par un étudiant compromis dans une affaire pénale, Pascal Lafaye est arrêté le 5 mars 1942 au collège de la rue d'Echange, une perquisition au domicile familiale a permis de retrouver des armes. Il est alors incarcéré à la prison Jacques Cartier avec d'autres membres du groupe arrêtés le même jour : Gilbert Anquetil, Yves Le Moigne, Guy Faisant, Jacques Tarrière et Michel Goltais.

Le 20 mai, la mère de Pascal, Marie est arrêtée et incarcérée.

Le groupe est interrogé au siège du S.D. (Service de Sécurité de l'armée allemande), au 10, rue de Robien et fin mai, ils sont envoyés à la prison du Cherche-Midi à Paris, en application du décret "NN" "Natch und Nabel", "Nuit et Brouillard". Ils font parti du premier convoi "NN" d'Ille-et-Vilaine et le 3ème de France.

Le Décret "NN" dit que l'intéressé doit être traduit en justice dans son propre pays, dans un délai de 8 jours et qu'une condamnation à mort soit prononcée. Si ces conditions ne peuvent être remplies l'inculpé est déporté secrètement en Allemagne pour être jugé, emprisonné dans un camp au sigle NN où il est condamné à mourir d'épuisement par le travail et les mauvais traitements. Procès à huit clos, il est isolé de tout et de tous et, en cas de décès, la famille n'est pas avertie. Sont concernés tous ceux qui sont accusés d'attentats à la vie et coups portés aux personnes ; d'espionnage ; de sabotage ; de menées communistes ; de fomentation de troubles ; d'avantages procurés à l'ennemi par aide portée au passage des frontières ; de tentative de gagner les forces armées ennemies ; d'aide portée aux membres des forces armées ennemies […] ; enfin en cas de détention illégale d'armes.

Le 4 juin 1942, ils sont déportés vers le camp spécial de la Gestapo à Hinzert en Rhénanie, Pascal Lafaye n'a pas encore 15 ans, c'est le plus jeune déporté NN d'Europe Occidentale.

Emmenés à Cologne, ils sont obligés de quitter la ville à cause des bombardements alliés et sont envoyés à Breslau. C'est pendant ce déplacement que Pascal Lafaye apprend que sa mère fait parti du convoi. Tout le groupe est inquiet pour leur famille, mais ils apprennent rapidement qu'elle est la seule rennaise.

Le 10 janvier 1944, à Breslau, Pascal Lafaye, ses camarades de l'école d'industrie, ainsi que sa mère sont conduits au tribunal où les armes retrouvées au domicile familial sont présentées comme pièces à conviction.

Durant le procès Pascal peut revoir une dernière fois sa mère sans qu'aucun contact ne soit possible entre eux. Tout le monde est condamné aux travaux forcés, sauf Marie Lafaye qui est condamnée à la réclusion et dirigée vers la prison de Jauer en Silésie.

Les six Rennais sont envoyés dans une prison atelier où ils doivent fabriquer des pièces, mais Pascal étant le plus jeune, n'a pas l'expérience et est alors dirigé au camp Mittelbau. Ce camp est un vaste complexe d'usines souterraines regroupant Dora et de Nordhausen en Saxe. Des agents de renseignements ont informé les états-majors alliés que la caserne abrite un nombre important de chars. Le 8 avril 1945, des avions sont envoyés pour détruire les blindés; mais entre temps la caserne est occupée par des déportés. Pascal Lafaye est de ceux là, il meurt, ainsi qu'un millier d'autres détenus, au cours du bombardement, moins d'un mois après le décès de sa mère, à l'âge de 17 ans. Enterré dans une fosse commune sont corps n'a pu être rapatrié.

Pascal Lafaye est titulaire du titre de Déporté Résistant.

Parmi ses cinq autres camarades rennais, seul Jacques Tarrière ne reviendra pas, il meurt d'épuisement le 1er mars 1945.

 


Biographie de Michel Lafaye frère de Pascal autre victime de la famille Lafaye

 

MICHEL LAFAYE

michel-lafaye.jpg (21250 octets)Michel Lafaye fait de très brillantes études. Au Lycée de Rennes, il obtient plusieurs fois des prix d'excellence en Français, Latin, Histoire et Géographie. Bon athlète, il est coureur demi-fond au Cercle Paul Bert et a plusieurs titres de champion d'Ille et Vilaine.

Le 20 mai 1942, lors de la perquisition au domicile familial des armes sont retrouvées et madame Lafaye est arrêtée. Michel qui est allé en ville est arrêté à son retour. Ayant une bonne connaissance de l'allemand, il entend un des hommes demander à son chef : "Celui-là, qu'est ce qu'on en fait ?" et la réponse est : "Pour le moment, on ne l'arrête pas, en le pistant on en aura d'autres". Michel comprend alors qu'il faut quitter Rennes, il va alors voir son ami Félix Masson pour lui demander de lui prêter de l'argent. Il prend alors le train pour Bordeaux, dans la famille et franchit la ligne de démarcation du coté de Castillon-la-Bataille. N'ayant pas la somme suffisante demandée par un passeur, une brave paysanne connaissant les habitudes des patrouilles allemandes l'aide à passer en zone libre en lui faisant franchir la ligne passant dans sa ferme. Il rejoint Marseille où il rencontre son frère Roger de passage et lui raconte ce qui c'est passé à Rennes.

Il s'engage dans un régiment basé à Casablanca, il participe à la campagne de Tunisie et au débarquement en Italie. Il est déclaré "Mort pour la France", le 11 février 1944, sur la route dite "route de la mort" d'Aquafondata à San-Elia en Italie

 


  • La rue Marie et Pascal Lafaye a été dénommée par délibération du Conseil Municipal de Rennes le 22 juillet 1960
  • Dans un quartier du sud de Rennes, un groupe scolaire Pascal Lafaye  a été dénommé par délibération du Conseil Municipal du 7 février 1983.

Notice biographique :Joël DAVID - Ville de Rennes