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Yves HUGUES , un résistant évadé à Saint-Mars-du-Désert

Mais aussi un rôle suspect  et controversé auprès des Allemands

 

Yves  HUGUES  est né à Loudéac (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) le 27 avril 1921. En 1941, il tente de rejoindre les FFL (Forces françaises libres). Arrêté par les Espagnols, il est emprisonné 7 mois dans les geôles franquistes, à Miranda de Ebro. Rapatrié en France, il s’engage dans la Résistance. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1943, Il est, une première fois,  arrêté par les Allemands, pour avoir dressé le drapeau tricolore sur le clocher de l’église de Loudéac et au moment d’en placer un autre sur le monument  aux Morts. Enfermé dans le cabanon de l’hôpital de Loudéac, il s’évade  avec son camarade Jean Tilly, de Loudéac. Il quitte la région pour échapper aux recherches et vit alors dans la clandestinité.

On retrouve Yves HUGUES , début 1944. Il participe à la mission Blavet du réseau Turquoise. Il envoie aux réseaux destinataires des sommes d’argent, des armes individuelles, des engins explosifs, des appareils émetteurs et des dossiers de demandes individuelles. En outre, il relève les boites aux lettres de Morlaix, Guingamp, Saint-Brieuc, Rennes et Laval. Il est indéniable que pendant cette période, il déploie une très grande activité.

Au cours d’une mission, Yves HUGUES  est arrêté au 11, rue Gutenberg, à Rennes, le 14 avril 1944. Il est d’abord conduit au siège de la Gestapo, rue Jean Macé. Il est incarcéré à la prison Jacques Cartier, puis  au camp Margueritte, du 8 juin 1944 au 2 août 1944.  Au moment où les troupes alliées pénètrent dans le département, le 3 août, un train s’achemine vers l’Allemagne, rempli de déportés. Yves HUGUES  fait partie de ce dernier convoi partant de Rennes. Dans la nuit du 4 au 5 août 1944, il réussit à s’évader par une ouverture aménagée dans le wagon, à Saint-Mars-du-Désert (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Alors  que le train roule, Yves HUGUES  saute sur la voie avec Raymond Le Pen, originaire de Saint-Malo. Une dizaine d’autres prisonniers s’évadent, notamment Joseph Aballéa. D’un autre wagon, des prisonniers tentent également de s’enfuir. Quatre  d’entre eux sont repris et fusillés sur place.

La liberté retrouvée, Yves HUGUES  aurait continué de servir au sein des FFI (Forces françaises de l’intérieur) jusqu’au 1er décembre 1944.

En fait, les choses se sont compliquées, à la mi-avril 1944 : le réseau de renseignements est découvert par les Allemands. Des perquisitions sont effectuées à Paris et à Rennes. Nous avons relevé l’arrestation de HUGUES , à Rennes, le 14 avril 1944. Celle-ci est suivie d’une quarantaine d’arrestations et déportations, selon les contemporains.

La justice française est alors saisie. Le Commissaire du Gouvernement auprès de la Cour de Justice des Côtes-du-Nord déclare HUGUES  responsable d’avoir « entretenu des intelligences avec l’ennemi, en vue de favoriser ses entreprises contre la  France en dénonçant des Français aux Allemands».

Les faits  sont accablants. De nombreux témoignages à décharge reprochent  à l’intéressé une trop grande proximité avec les Allemands. Tout se passe à  partir de son arrestation, nous l’avons dit. Le fils Jezequel est arrêté, le 16 avril, à la gare Montparnasse, à l’endroit même de ses rendez-vous avec HUGUES . Le 17 avril, HUGUES  se rend chez Madame Guitton, à Rennes, chargée d’un poste de renseignements et lui demande de le continuer contre son gré. Peu de temps après, HUGUES , accompagné d’un agent de la Gestapo, retourne chez elle. Celui-ci insiste pour qu’elle continue son travail de « postière » pendant encore un mois. Jamais HUGUES  ne la met en garde ni lui demande de prévenir ses camarades. D’autre cas similaires font l’objet d’attestations. A Saint-Brieuc, Madame Paumier est arrêtée, le 5 mai. A Morlaix, c’est au tour d’un nommé Leduc d’être interpellé. A Douarnenez, HUGUES   est à l’origine de l’arrestation de Bernard Ausquer, embarqué dans la voiture des Allemands stationnée sur la place.

Les agents de renseignements arrêtés sont déportés. HUGUES  échappe à ce châtiment. Il affirmera qu’après avoir été arrêté, il a été violemment battu par les Allemands. La remise en liberté était promise en échange de tout dévoiler de ses activités et de celles des membres du réseau.

A ce stade, les témoignages se contredisent. Aux attestations de 1943  s’opposent celles d’avril et mai 1944. Son évasion du train en partance pour l’Allemagne est confirmée par Raymond Le Pen. Mais les prétendues tortures sont niées par les protagonistes des affaires de cette période. 

Suite à un courrier du 15 février 1990, le cas Yves HUGUES   est relancé. La Cour d’Appel de Rennes mentionne le jugement de la Cour de Justice des Côtes-du-Nord, du 22 septembre 1945, à savoir qu’elle a déclaré Yves HUGUES  non coupable des faits avancés par le Commissaire du Gouvernement et l’a « purement et simplement acquitté ». Yves HUGUES , pour sa défense,  a toujours affirmé avoir agi dans des moments d’égarement et avoir refusé de se mette délibérément au service des Allemands.

Des comportements contradictoires de l’intéressé, on peut conclure que l’image de la Résistance est bel et bien abimée. Les attestations à décharge n’ont pas été inventées et chacune exprime un grand désarroi.

Source: DAVCC, Caen, 21 P 573 658

Daniel Heudré

03/03/2017

      

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