Ed: 07/11/2017

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Maria GERNIGON

Épouse d’Émile, résistant fusillé à La Maltière le 30 juin 1944

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur la Résistance en Ille-et-Vilainewrite5.gif (312 octets)

 

         Est-ce qu’un homme, surtout quand il est agriculteur, peut s’impliquer dans la Résistance sans la complicité de son épouse ? C’est peu probable, surtout s’il est aussi impliqué que l’était Émile Gernigon.

         Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Émile Gernigon et son épouse tiennent une ferme à Baulac sur la commune de Goven en Ille-et-Vilaine. A partir de 1942, leur domicile sert de boîte aux lettres et de planque pour du matériel de propagande, des armes et des explosifs.

         Ils hébergent et ravitaillent des réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) ainsi que des résistants qui se cachent.

         De nombreux rendez-vous de responsables du mouvement FTPF local sont donnés chez elle. L’un d’eux, adjoint du commandant Pétri, Jean Turmeau vient s’y cacher après son évasion de la 13e brigade de Rennes (quai de La Prévalaye).

         Maria Gernigon accepte tout, malgré le travail de la ferme et les soins donnés à ses 3 jeunes enfants (l’aîné, Émile, est né en 1939).

         Au printemps 1944, les évènements et les actions se précipitent. Tous les patriotes espèrent un débarquement des alliés et ils ont bon espoir de gagner cette guerre puisque les Soviétiques ont bien réussi à faire reculer les nazis sur leur territoire…

         Le couple Gernigon héberge plusieurs groupes de FTPF qui préparent  des déraillements sur la ligne de chemins de fer Rennes Redon ou qui confectionnent des bombes pour faire sauter des pylônes électriques.

         Elle reçoit des résistants de Morlaix qui viennent établir des plans de parachutages.

         Mais le 24 mai 1944, alors qu’elle prépare le repas, entourée de ses trois enfants, elle entend crier dans la cour. Elle sort et voit un groupe de miliciens et d’Allemands de la Gestapo qui entourent la ferme et font sortir les hommes des bâtiments où ils travaillent. Pendant que certains surveillent Émile, André son frère et l’ouvrier agricole, les autres fouillent partout. Sous un tas de fagots, ils trouvent un trou où sont cachés des armes et des munitions.

         Les Allemands obligent Maria Gernigon à rester dans la cour, debout avec ses trois enfants (5 ans, 3 ans et 6 mois) et à regarder. Ils alignent les trois hommes, bras en l’air, derrière la tête et ils mettent le feu à la ferme. Puis ils font monter ces hommes dans un camion et ils partent…

 

         Maria Gernigon reste seule avec ses enfants, sa ferme est brûlée, il ne reste plus qu’une grange… Jugez de sa situation ! Que va-t-elle devenir ? Et pourtant, il faut continuer à faire marcher la ferme, les vaches sont dans les champs, les travaux attendent… Elle n’a pas le droit de se laisser aller au désespoir.

         Bientôt, des voisins arrivent, jugent la situation et proposent de l’aider. Un ouvrier agricole qui avait réussi à se sauver quand il a vu les nazis cerner la ferme, revient et propose de s’occuper des animaux. Des amis lui apportent un peu de literie. Dans la grange, ils installent de la paille et du foin, mettent dessus des draps et des couvertures ce qui leur permettra de se coucher pour y dormir. Pendant six mois, ils vivent ainsi.

          Entre temps, elle apprend que son mari Émile a été fusillé à La Maltière le 30 juin 1944, que son beau-frère et son ouvrier ont été déportés…

         En août 1944, c’est la Libération ; elle s’en réjouit mais est amère. Elle n’a pas le cœur à faire la fête. Elle paie très cher la liberté de son pays.

         Les Allemands sont partis, laissant derrière eux toutes leurs installations et, en particulier, des baraques en bois. Le propriétaire de la ferme achète une de ces baraques qui était installée à La Prévalaye et la fait remonter dans la cour de la ferme. Maria Gernigon et ses enfants peuvent habiter dedans, c’est déjà mieux que la grange où ils ont vécu pendant six mois. Elle a réussi à se procurer quelques meubles d’occasion.

         Dès que les Allemands sont partis, Madame Gernigon veut donner une sépulture décente à son mari. Les nazis ont enterré les corps dans des champs autour de la Butte de La Maltière. Elle va reconnaître le corps et une grande cérémonie est organisée à Goven pour les obsèques de ce patriote.

         André reviendra très maigre et affaibli de déportation en 1945. L’ouvrier est mort dans les camps.

         En 1947, le propriétaire reconstruit une vraie maison en pierres et des installations pour la ferme.

          Quelque temps après, Maria Gernigon reçoit une curieuse visite : des policiers français viennent la voir, l’interroger et perquisitionner dans sa maison et dans les autres installations. Ils démontent même une partie du plancher de l’entrée car ils la soupçonnent d’avoir gardé des armes… Elle n’a jamais compris ce qu’on lui voulait. Il est vrai que les temps avaient changé, c’était « la guerre froide » mais Maria Gernigon avait suffisamment de soucis et de travail pour tenir sa ferme et élever seule ses trois enfants.

          Maria Gernigon a été une femme courageuse et digne, qui a supporté toutes ces épreuves avec un héroïsme remarquable.

                                                         Renée THOUANEL-DROUILLAS

 Sources : ADIV ; Fonds Pétri, dossier 167J24/1, Entretien avec son fils Émile Gernigon.

 07/11/2017