Léon GENDROT

 

      J’ai rencontré Léon Gendrot, il m’a raconté sa vie pendant la Seconde Guerre mondiale:

«  Je suis né le 14 novembre 1922 à Crevin. J’avais donc à peine 18 ans en 1940. Jusqu’en 1942, nous croyions que les Allemands seraient battus. Nous faisions confiance à Pétain. Nos parents étaient tous pétainistes, surtout ceux qui allaient à l’église. C’est l’instituteur, Georges Beauplet qui m’a ouvert les yeux et qui m’a fait connaître la Résistance.

         Il y avait déjà, dans l’arrondissement de Redon, de la résistance passive : distributions de tracts, inscriptions sur les murs, désobéissance…

         J’ai commencé à agir en 1943. J’avais recruté une trentaine de réfractaires au STO mais il fallait trouver des armes et entraîner les gars. Il fallait qu’ils soient courageux, qu’ils n’aient pas peur.

J’ai rencontré Lucienne Gérard dont le nom de guerre était « Josette ». Elle n’avait peur de rien, elle voulait venger son fiancé qui avait été tué par les Boches, rien ne l’arrêtait. Avec elle, j’ai rencontré Pétri et plusieurs militaires anglais en Mayenne. Ils nous fournissaient des armes mais il fallait les transporter. Nous avons dû faire plusieurs voyages. Beauplet et moi, nous apprenions aux jeunes à s’en servir, dans le but d’attaquer les convois allemands. Nous faisions partie des FTPF : Francs Tireurs et Partisans Français.

 J’ai formé 3 groupes de 10 gars pour les attaques. Nous logions dans les fermes, nous n’avions pas de refus : soit ils étaient d’accord, soit ils avaient peur de nous. De toute façon, nous payions notre nourriture. J’avais dévalisé la perception de Châteaugiron et j’avais récupéré 84 000 francs. A la Libération, je suis passé au Tribunal militaire pour ça.

Pour attaquer les convois allemands et les voitures officielles, la technique était d’attaquer et de s’en aller. Il ne fallait pas rester car nous n’étions pas capables de résister. Nos armes étaient des Stens, ce n’était pas fameux…

         Certains jeunes n’avaient peur de rien. Il fallait les mettre en garde. Nos armes ne valaient pas celles des Boches. Enfin, nous n’avons pas eu trop de pépins sauf un seul, grave, et je m’en veux beaucoup pour ça… Nous avons rencontré une voiture avec 4 Allemands à l’intérieur, nous ne savions pas qui ils étaient, nous avons tiré et nous avons touché deux personnes. Ils sont vite partis. Il y avait là le général Ripmayer qui a commandé ensuite la poche de Saint-Nazaire. Il a été blessé, un autre a été tué. Malheureusement, ils se sont vengés ensuite sur les habitants de Guignen en faisant une rafle et en déportant 20 jeunes habitants dont 8 sont morts en déportation. Nous ne connaissions pas les grades de l’armée allemande ; dans les réseaux, ils apprenaient ça, mais nous, dans les mouvements de Résistance, nous ne le faisions pas.

         J’interdisais à mes gars de rentrer chez eux, il n’y en a que deux qui ne m’écoutaient pas.

         Nous avons organisé un gros parachutage à Pléchâtel. Josette prenait les contacts avec les aviateurs. Moi, je me suis occupé de la logistique : trouver le terrain, le camion bâché pour le transport, les fermes où cacher les armes récupérées. Le message était : « L’enfant aux yeux bleus pleure » et si ils y ajoutaient « 1,2 ou 3 fois », cela voulait dire qu’il y aurait 1, 2 ou 3 avions… En fait, cette fois là, il y eut 3 avions. Pour transporter notre butin et le cacher, nous avons fait 3 voyages, dans 3 fermes différentes. C’est Louis Divet qui conduisait le camion bâché. A Bourg-des-Comptes, nous avons croisé une unité allemande au repos. Ils n’ont pas demandé ce qu’il y avait sous la bâche… Dessous, il y avait un gars, Bertin, armé d’une mitraillette, prêt à tirer s’il y avait eu danger.  

         J’ai été arrêté 2 fois :

- La première fois, c’était en 1944, deux miliciens m’ont interpelé. Je leur ai dit : « Je vais chez le docteur ». Ils m’ont dit : « On va vous emmener à la gendarmerie de Bain de Bretagne… » Là, le gendarme Haméon les a écoutés puis, quand ils ont été partis, il m’a aidé à filer. Les deux miliciens n’ont pas osé revenir.

-         La 2e fois, cela a été plus grave : le garde-chasse du bois de Ferchaux était

venu me dire qu’il y avait deux parachutistes dans le bois. J’ai appelé le maçon et nous y sommes allés. Mais, dans le bois, il y avait des Allemands. Le maçon a eu le temps de jeter son révolver dans un bosquet et nous avons dit que nous cherchions des champignons. Mais ils ont retrouvé l’arme et, le soir, ils sont venus taper à la porte. Ils m’ont arrêté ainsi que le maçon et le garde chasse. Nous avons été emmenés à la prison Jacques Cartier. Nous y sommes restés 18 jours puis ils nous ont libérés.

Nous avons fait d’autres attaques, des déraillements… Je ne peux pas tout vous raconter…  

         A la Libération, la plupart d’entre nous se sont engagés jusqu’à la fin de la guerre. Je suis allé sur le front de Saint-Nazaire puis sur celui de Lorient.

         Les deux jeunes qui voulaient toujours se battre se sont engagés pour continuer et ils sont partis en Corée où ils ont été tués. »

        

         Léon Gendrot a reçu diverses décorations. En 2015, il a été décoré de la Légion d’Honneur.

                                                        Rédigé par Renée Thouanel-Drouillas

 

 

Sources : - Entretien avec Léon Gendrot en 2010.

-         Témoignage recueilli par Isaac Diakité

-         « La Guerre et la Résistance dans le Sud de l’Ille-et-Vilaine » de René Chesnais.

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