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Émile DROUILLAS dit Marcel LAPORTE

Déporté résistant

(1900-1942)

Né le 28 janvier 1900 à La Jonchère-Saint-Maurice (Haute-Vienne), mort en déportation le 1er octobre 1942 à Auschwitz ; maçon ; militant communiste et syndicaliste.  

Fils de Martin et Marie Dumest, petits cultivateurs exploitant une petite ferme en location dans une région pauvre, Émile Drouillas fréquenta régulièrement l’école du village jusqu’à neuf ans, ensuite il dut, pendant l’été, souvent travailler à la ferme jusqu’à l’âge de douze ans et demi où il obtint son Certificat d’études primaires. Émile Drouillas travailla à la ferme de ses parents, métayers, jusqu‘en novembre 1915, puis est embauché dans un moulin de la commune Les Billanges (Hte-Vienne). D’une santé fragile (faiblesse générale) il fut exempté du service militaire. Il fut d’abord employé chez ses parents comme cultivateur et domestique de ferme pendant la guerre, puis, en 1919, il apprit le métier de maçon à Reims où habitait son oncle. En 1920, il adhéra aux Jeunesses communistes dont, en 1921, il devint le secrétaire adjoint. Il appartint aux syndicats du bâtiment à partir du 1er Mai 1921. Il avait adhéré en mars 1921 aux Jeunesses communistes et formé un groupe avec deux camarades venus de la région parisienne. Il adhéra un peu plus tard au parti. Dans la JC, il fut secrétaire de section puis secrétaire de la 5e Entente. Il suivit une école de trois semaines des jeunesses à Saint-Denis (vers 1924). Il se maria avec une fille de paysans qui mourut en mars 1928 puis il vécut maritalement dès 1932 avec Marthe Ecolan, blanchisseuse.

Après 1925, il ne milita que dans le parti et fut nommé membre du bureau régional de la région Nord-Est, responsable du travail syndical.

En mai 1927 en tant que gérant de l’Exploité (du 8 janvier au 4 juin), organe communiste de la région, il fut condamné par le tribunal correctionnel de Reims à huit mois de prison et 500 francs d’amende, pour un article antimilitariste dont il n’était pas l’auteur ; cette condamnation très lourde a été dictée par la politique de répression contre les communistes (à cette période, dans tout le pays, beaucoup de militants subissaient le même sort). Émile  interjeta en  appel ce qui arrête l’exécution du jugement et, resta à Reims, il poursuivit ses activités militantes et théâtrales, alors que son épouse, malade, rejoignit sa famille dans le Limousin. .Mais la Cour d’appel de Paris le porta en octobre de la même année, par défaut, à un an de prison. Drouillas entra alors dans l’illégalité le 1er décembre 1927 et alla travailler dans la région du Boucau, dans les Landes hébergé par un camarade de parti et travailla au Boucau chez un petit entrepreneur de maçonnerie. sous le nom d’Émile Guerrier. Il participait à l’activité du parti, prenant la parole dans les réunions avec le maire de Tarnos, Jean Bébé, en particulier lors des élections de 1928. S’étant rendu en mars 1928 à l’enterrement de sa femme aux Billanges (Haute-Vienne), les gendarmes lui signifièrent le jugement d’octobre 1927. Il y fit opposition et repartit dans l’illégalité.

Début mars 1928, Émile, apprenant que la santé de son épouse s’était beaucoup détériorée, rejoignit la commune des Billanges, y arriva pour l’enterrement. Les gendarmes furent à la porte du cimetière. Pour se recueillir sur la tombe, il sauta par-dessus le mur arrière. À la sortie, très entouré par la famille et les amis ; les gendarmes lui signifièrent sa condamnation d’appel, mais ne purent procéder à son arrestation car il y fit aussitôt opposition, et disparaît de nouveau, cette fois, dans le Jura, en changeant de nom et d’aspect.

En juin 1928 le PC ordonna à Drouillas de se rendre à Besançon dans la région Centre-Est comme secrétaire permanent (sous le nom de Bertrand) pour redresser la section tombée dans l’inaction.. Le 1er juin 1929, il fut désigné comme secrétaire permanent de la Région bretonne à Rennes où il prit le pseudonyme de Marcel Laporte. Il fut délégué aux congrès nationaux de Lille (juin 1926) et Saint-Denis (mars-avril 1929 ainsi qu’à diverses conférences nationales en juin 1928, mars et novembre 1930. Il avait suivi avec sympathie la tendance Albert Treint-Suzanne Girault pendant une certaine période puis s’était et fut blâmé en 1930 par la direction du parti pour avoir manqué de souplesse lors de l’exclusion du maire de Douarnenez, Le Flanchec, exclusion non ratifiée par la direction nationale.

Drouillas reprit son métier de maçon  très apprécié de ses employeurs, devient chef de chantier, tout en restant secrétaire de la région. Il devint secrétaire permanent de la 17e Union régionale unitaire en 1933.

Amnistié en 1933, il reprenait son nom de Drouillas mais resta "Marcel Laporte" pour tous ses camarades. Il se remaria, eu deux filles, et continua sa vie active de militant. Il cumula les postes de secrétaire régional du Parti Communiste et de secrétaire départemental de la CGTU jusqu'à la fusion syndicale en février 1936. (En 1939, le Parti comptait alors 1 175 adhérents répartis dans 33 cellules locales et 5 cellules d’entreprises). En 1934, il devint aussi conseiller prud’homme.

Il était candidat du PC à toutes les élections : lors des élections au conseil d’arrondissement du 7 octobre 1934 dans le canton de Rennes sud-ouest, il obtint 387 voix au premier tour (contre 2 593 au socialiste Commeurec en tête au premier tour et élu au deuxième tour) ; en 1935, il conduisait la liste communiste du « Bloc ouvrier et paysan » aux élections municipales de Rennes ; en 1936, il obtint 714 voix aux élections législatives et se désista au deuxième tour pour le socialiste Aubry ; en 1937, il obtenait 406 voix aux élections au conseil d’arrondissement du 10 octobre dans le canton de Rennes nord-ouest, loin derrière Aubry (2 217) lui-même battu dès le premier tour.

En février 1936, lors de la fusion de la CGT et de la CGTU, il préféra refuser le poste de secrétaire départemental adjoint pour devenir secrétaire adjoint du syndicat du Bâtiment de Rennes et secrétaire départemental du syndicat CGT du Bâtiment. Il fut l’un des principaux artisans des grèves dans ce secteur et dans beaucoup d’autres.

Pendant la guerre d’Espagne, il organisa les « Brigades internationales » et le « Secours rouge » ainsi que de nombreuses fêtes pour venir en aide aux réfugiés espagnols.

En 1938 et 1939, son rayonnement était tel que de nombreux communistes parisiens venaient au domicile de ce militant dont la maison était ouverte de jour et de nuit, chercher une aide matérielle et surtout morale. Très apprécié par ses camarades rennais, il était resté pour beaucoup d’entre eux « Marcel Laporte ». Très calme dans les discussions, il en imposait même à ses ennemis politiques qui le respectaient.

Le 26 septembre 1939, il fut réveillé à quatre heures du matin par des policiers venus lui faire signer l’ordre de dissolution du PC et perquisitionner à la recherche d’archives.

Considéré à vingt ans comme inapte au service militaire pour raisons de santé, il fut cependant mobilisé en mai 1940 et rejoignit Tulle. Blessé en juin, hospitalisé, il quitta, en septembre, ses parents chez qui il était en convalescence pour rejoindre Rennes en qualité de « réfugié ». Il reprit son travail dans le Bâtiment.

Il fut bien vite contacté par Paris pour organiser les premiers groupes de résistants de l’Organisation spéciale qui devinrent plus tard les FTPF. Arrêté chez lui, le 30 juin 1941 à 20 heures, rue Richard Lenoir, par la Gestapo, alors qu’il organisait un nouveau départ,  il fut emprisonné 10 jours à Rennes, puis à Compiègne. Le 6 juillet 1942, il fit partie du premier convoi de politiques (les 45000) dirigé sur Auschwitz, dans un commando occupé à la construction du camp de Birkenau. (Dans ce convoi, il y avait ses deux amis, Jean Rouault et René Perrault).Il devait y mourir du typhus le 1er octobre 1942. Son corps fut brûlé.

Après la Libération, il a été, à titre posthume, homologué au grade de lieutenant et décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze et mention de "Mort pour la France".
Un certificat d'appartenance aux Forces Françaises de l'Intérieur a été délivré par le bureau régional FFI de la 3e Région le 29 avril 1948, sous le n° 775.

Il a reçu, à titre posthume, une citation à l'ordre de la Brigade, citation qui comporte

attribution de la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

Son nom a été donné à une rue de Rennes.

En 1992, pour le cinquantenaire de sa disparition, un monument lui a été élevé au village de Trézin par la commune des Billanges.

Sources : ADIV 515 W 6. - Arch. Nat. F7/13083 (15 février 1926), F7/13090 (1926), F7/13130, année 1932. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 3 Md 40-41-42-43. — Arch. Com. Rennes, 3 F 11. — Arch. Komintern, RGASPI, Moscou, 495 270 8641 : questionnaire du 6 août 1930, autobiographie du 1er février 1932 et du 27 septembre 1933. — L’Aurore d’Ille-et-Vilaine, 1934-1937. — Renseignements fournis par Mme Roquier, fille de Drouillas : Jeanne et Renée Drouillas ont conté la vie de leur père dans un ouvrage intitulé Émile Drouillas dit Laporte militant ouvrier, 224 p., 1978. — D. Pierre, La CGT à Reims de 1918 à 1939, mémoire de maîtrise, Reims, 1976, p. 75-76. Mémoire de granit p 46

Claude Geslin et Jean Paul Louvet

 

 


Émile Douillas avec sa femme , ses enfants et Jean Rouault
devant le magasin que tenant Madame Drouillas, rue Richard Lenoir.

Livre écrit par ses deux filles

 

 

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