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Jacqueline DEBIERRE née COLLET

 

Jacqueline Collet naît le 31 août 1922 à Antrain sur Couesnon en Ille-et-Vilaine, commune où ses parents sont instituteurs laïcs. Elle a un frère, Jean, d’un an son aîné qu’elle admirera toute sa vie. Puis, trois ans plus tard, viendra sa sœur Janine.

Après l’école primaire, elle entre à l’Ecole Primaire Supérieure (EPS) à Rennes où elle obtient le Brevet Supérieur en 1940. Puis elle est inscrite dans une école parisienne où elle doit, en trois ans, devenir professeur d’enseignement ménager. Mais c’est sans compter sur les bouleversements de 1940 à 1944.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, son père est directeur d’une école à 4 classes à Betton et son épouse est une de ses adjointes. Mais ils sont connus pour leurs idées politiques et leur engagement pour la défense de l’école laïque. En janvier 1941, le régime de Vichy décide de déplacer ce couple et de l’envoyer dans le Maine et Loire, à Chemiré sur Sarthe, petite commune rurale.

Jean Collet, le grand frère, est adhérent des Jeunesses Communistes depuis 1936 et dès 1940, il s’implique dans la Résistance alors qu’il est étudiant à la faculté des Lettres de Rennes. Avec deux de ses amis étudiants, il a essayé de s’embarquer pour l’Angleterre afin de répondre à l’Appel du général de Gaulle, sans succès. Il s’implique alors dans la lutte clandestine à Rennes.

Le 26 mars 1941, il est arrêté par la police spéciale de Vichy. Il passe ses 20 ans à la prison Jacques Cartier de Rennes. Transféré à la maison d’arrêt de Laval, il s’évade dans la nuit du 14 au 15 janvier 1942 pour éviter d’être déporté ou fusillé. Il part vers la région parisienne et prend contact avec l’organisation clandestine de son parti ; il devient responsable des étudiants communistes dans les facultés et les grandes écoles de la région parisienne.

Jacqueline est aussi à Paris où elle suit les cours de l’école ménagère. Elle les suit pendant un certain temps, mais en février 1943, elle quitte l’école pour se mettre au service de la Résistance. Déjà, avant de quitter, elle avait distribué des tracts appelant à la Résistance dans l’école, mais elle veut faire plus et se met au service des FUJP (Forces Unies de la Jeunesse Patriotique). Elle est présentée à son « patron » dont elle ne connaîtra le vrai nom, Henri Kesteman, qu’à la fin de la guerre. Il lui  apporte une machine à écrire et lui dit : « Tu vas me taper un stencil ». Elle n’a jamais tapé à la machine et n’a jamais vu de stencil, mais elle apprend très vite. Elle tire des tracts sur une ronéo, puis les porte à d’autres personnes. Ce n’est pas toujours simple. Certains tracts sont des mots d’ordre ou des slogans à coller sur les murs, les troncs d’arbres ou les poteaux électriques. Elle se souvient d’une phrase : « Comme Jeanne d’Arc, boutons l’ennemi hors de France. »

Elle porte différents noms car chacun doit cacher son identité. Elle s’appelle successivement : Domaine, Mathias, Rosier… Elle fait différentes missions et circule dans toute la région parisienne et même au-delà. Elle approvisionne des gars du maquis en papiers d’identité. Elle guide des gens recherchés vers des abris sûrs.

Au cours d’une de ses missions, elle a la surprise de se retrouver devant son frère Jean, mais ils ne sont pas seuls et ils ne doivent pas montrer qu’ils se connaissent et pourtant… elle a très envie de se jeter dans ses bras. Jean apprend, ce jour-là, que sa sœur est agent de liaison dans la Résistance et il est très inquiet pour elle.

Elle se souvient : «  En août 44, sur 8 agents de liaison faisant partie de notre groupe, il en restait 2, les autres avaient été arrêtées, envoyées à la Petite Roquette ou déportées ».

Eugène Kerbaul qui était à l’époque responsable inter régional des Jeunes du Front National de la Résistance, basé à Lille,  témoigne : «  C’est par le truchement de Jacqueline, agent de liaison, que Kesteman me communiquait les textes de tracts, de journaux clandestins de jeunes. C’est par elle, également, que nous parvenaient des paquets de journaux imprimés en région parisienne »

Henri Kesteman  lui-même témoigne : « Elle a toujours fait preuve d’un sang-froid et d’un courage exemplaires et il m’est particulièrement agréable de lui en rendre hommage ». 

Elle est à Paris au moment de l’insurrection en août 1944 et elle participe à la construction d’une barricade. Elle a un moment de révolte quand, en rentrant chez elle à Issy-les- Moulineaux, elle voit les militaires français assis sur leurs véhicules en attendant des ordres pour rentrer dans Paris. « J’ai piqué une colère en les voyant ainsi, tranquilles, alors que mes copains étaient en train de se faire tuer sur les barricades. Ils attendaient des ordres… Ils sont rentrés dans Paris le lendemain.»

Le meilleur souvenir de cette période, pour Jacqueline, est le voyage en Angleterre auquel elle est invitée par le Ministère de la Guerre en novembre 1944. Ce voyage a été organisé sur invitation du Gouvernement britannique pour remercier 150 jeunes FFI (100 garçons et 50 filles) qui se sont particulièrement engagés pour la victoire des Alliés. La guerre n’est pas finie, mais l’Angleterre et la France tiennent à montrer leur belle entente et à féliciter les jeunes FFI.

En 1945, Jacqueline revient à Rennes, y retrouve sa famille et commence une carrière d’institutrice.

 

                                               Renée Thouanel-Drouillas

 

Source : Entretien avec Jacqueline Debierre-Collet et lecture de documents privés.

 

03/11/2017