Liste des biographies

Pour enrichir la mémoire du passé, je recherche tout témoignage sur les prisonniers de guerre et  sur des faits de Résistance  en Bretagne avec documents   write5.gif (312 octets)

Félix Bodenan

Résistant Déporté

(1921 – 1983) 

 

Félix Bodenan, Félo  pour ceux qui l'aimaient, est né le 7 juillet 1921 dans une famille ouvrière, son père était cheminot. Lui-même travaille dans la chaussure et à la Cristallerie Fougeraise avant 1939. Il adhère à la Jeunesse Communiste, puis au Parti Communiste Français en janvier 1939.
L'Europe marche vers l'abîme ; Hitler en Allemagne, Mussolini en Italie, Franco en Espagne, imposent aux peuples la dictature fasciste, persécutent les démocrates, les communistes. En Allemagne, déjà, s'ouvrent des camps de concentration, dont des Allemands seront les premières victimes et la chasse aux Juifs annonce l'holocauste de « la solution finale ».
La grande bourgeoisie française songe plus à sa revanche sociale qu'à combattre le nazisme, «plutôt Hitler que le Front Populaire » disent-ils, et les premières décisions politiques, prises quelques jours après la déclaration de guerre, seront la dissolution du parti communiste et la chasse aux militants dans le pays. C'était « la drôle de guerre », qui laissait le champ libre à Hitler en Pologne.
On connaît la suite, 1940, la capitulation, l'occupation de la France, le régime de Vichy, complice des nazis.
Cela Félo ne l'accepte pas. Dès 1940, avec son ami Gaston MENTEC et les communistes du Pays de Fougères ils commencent à organiser la Résistance. Ils ne sont pas les seuls à refuser de vivre à genoux, à Fougères le groupe GALLAIS prépare aussi le combat, ses membres paieront aussi de leurs vies et de leurs libertés leur attachement à la France.
La direction régionale du parti communiste confie à Félix BODENAN la responsabilité de l'organisation des jeunes de la région fougeraise, pour constituer les O.S., « organisations spéciales », qui deviendront ensuite les F.T.P., unités combattantes des Francs Tireurs et Partisans.


La police de Vichy pourchasse les clandestins ; les arrestations se multiplient, les exécutions aussi. Le 22 octobre 1941, 50 otages, livrés par Vichy aux Allemands, sont fusillés à Châteaubriand.
Le 31 mars 1942, Félo et Gaston sont arrêtés par la police française, aux ordres de Vichy, à la suite d'une dénonciation. La présence d'esprit de son frère André, alors âgé de 15 ans, qui cache sur lui les documents compromettants, empêche la police de Vichy de mesurer l'importance de la prise qu'ils viennent de faire et évite, sans nul doute, la guillotine à Félo. André rejoindra ensuite la Résistance.
Après une parodie de jugement, un tribunal vichyste condamne Félo et Gaston à 8 années de travaux forcés.
Ici commence pour Félo le long et douloureux périple qui le conduira des prisons françaises au camp de concentration de Mauthausen, en Autriche.
Incarcérés à la prison St Roch, à Fougères, Félo et Gaston sont transférés à la prison Saint-Hélier, à Rennes, où ils partagent leur cellule avec Jean ROLLAND, responsable régional de la Résistance communiste.
Ensuite Félo connut les prisons de Laval, de Le-Mans, de Caen, de Fontevrault, de Blois. En février 1944 les collabos de Vichy livrèrent aux Allemands les détenus politiques de la prison de Blois. Après 3 jours et 3 nuits de transport dans des wagons plombés, écrasés à 120 par wagon, sans eau ni nourriture, Félo et ses compagnons de misère découvrent le camp de Mauthausen.


Mauthausen est un camp « d'extermination par le travail » ; pour l'administration SS les détenus qui y étaient envoyés étaient classés « retour non désiré ».
Le travail consistait à extraire des pierres d'une carrière, en montant les terribles 186 marches de l'escalier d'accès.

Félo y connut la faim, le froid, les coups des bourreaux SS.

Le 6 mai 1944 Félo est transféré au commando de Loibl-Pass, à la frontière de l'actuelle Slovénie. Au camp Nord, tout d'abord, puis au camp sud à partir du 26 décembre 1944.
Avec ses compagnons de souffrance il participera à la construction du tunnel de Loibl, toujours en service aujourd'hui, entre Ljubljana, en Slovénie, et Klagenfurt, en Autriche.
Libéré par les Partisans yougoslaves de TITO, le 6 mai 1945, Félo finira la guerre dans leurs rangs ce qui lui valut d'être décoré de « la Médaille du Souvenir yougoslave » par ses compagnons d'armes.



Félo rentrera des camps marqué à vie dans sa chair et dans son âme. Jamais il n'a pu faire complètement le deuil de ses camarades, et pour lui, dénoncer l'univers concentrationnaire était devenu l'objectif de sa vie, y compris quand les conséquences de la maladie lui rendirent difficile l'usage de la parole. Le 16 mai 1945 les rescapés du camp de Mauthausen, juraient que


« Sur des bases sûres de la fraternité internationale, nous voulons construire le plus beau monument qu'il nous sera possible d'ériger aux soldats tombés pour la liberté : le Monde Libre ! »
Félo demeurera fidèle à ce serment. Avec ses camarades de la FNDIRP et d'autres déportés survivants des camps, il ira dans les collèges et les lycées perpétuer la mémoire de la Déportation et de la Résistance et appeler les jeunes à veiller pour qu'il n'y ait « plus jamais ça »
.


Après la Libération Félo travaille comme cheminot à la gare de marchandises de Fougères; il y poursuit ses activités militantes.
Félo est toujours demeuré fidèle au Parti Communiste Français, 64 années d'engagement pour un monde meilleur, pour la justice sociale, la fraternité entre les hommes et la Paix, cela force le respect. Surtout quand on sait de quel prix cet engagement a été payé et dans quelles conditions difficiles il a été vécu ces dernières années.
La vie, l'histoire, ont fait du jeune ouvrier fougerais Félix BODENAN une figure de la résistance fougeraise, un citoyen exemplaire sans qu'il l'ait voulu, lui qui était modeste pour lui-même, mais exigeant pour le devoir de mémoire que méritait ses frères d'armes.

(Une rue de Fougères porte le nom de Félix BODENAN  depuis 2006)

Décorations :

Croix de Guerre avec Palme,
Chevalier de la Légion d'Honneur.

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